Brandt Brauer Frick – Joy (2016)


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Tout commence et se termine à Berlin. Toujours la même histoire. Une capitale froide à l’attirance impeccable. Un bourgeonnement d’autrefois, ce quelque chose qu’on croyait éteint, ressuscité dans les rues de Friedrichshain ou d’ailleurs. Un pont (tiens tiens Die Brücke…) entre les univers musicaux, depuis toutes ces années. Un abris exposé, un lieu de fuite, une cité de liberté(s) concrète et fantasmée. Les clichés du Newsmag citadin, pages Culture et Lifestyle « A la découverte de Berlin » . Plus concret cependant, c’est le foisonnement de la scène Electro de la capitale allemande. La sortie récente du 4ème album de l’ensemble electro-classique (appelons le ainsi sans plus de conviction) Brandt Brauer Frick intitulé Joy (K7! Records/Because) en est la preuve manifeste.

Alors mieux que l’East Side Gallery par un joli après-midi d’automne, on vous laisse devant la fresque gargantuesque et classieuse que dessine « You Can Buy My Love » . Une sérénade des temps modernes en quelque sorte, pour crier à l’envi, à qui le veut bien, tout l’amour qu’on a à offrir. Une oeuvre, presque innocente, un vain effort, une inspiration 3.0(-1), à contre-courant, un coup au bas ventre du Grand Âge Libéral. (Aus)nutzen Sie (mes vieux restes d’allemand), c’est (encore) gratuit!

Une urgence délicieuse parcourt l’album et au hasard des titres, on bascule dans les gesticulations d’un orchestre de chambre noyé dans un récit electro-mijoté « City Chicken » (appellation inédite, n’en cherchez pas l’origine) au rythme d’un Blues moribond post-moderne. Ça s’accélère par endroit. Ça en prend l’air tout du moins. Climax fiévreux, dégueulasse, apatride, quelque chose qui dans l’ordre des choses normales devrait vous faire tourner de l’œil, vous faire perdre la tête, mais qui tout juste percute l’esprit. Les restes d’une Electro qu’on appelait au siècle dernier Drum’n’Bass. « Poor Magic » justement.

C’est une embardée en terrain meuble qui lui succède : « Blackout 94 » . La basse secoue la surface et on se retrouve bringuebalés d’un sentiment à l’autre, dans un univers circonscrit. C’est pas vraiment la jungle, ni même la révolution à St Maur, mais ce blackout renverse les pôles musicaux et rappelle les fragments qu’on aurait retissés du « Idiotheque » de Radiohead. Tout ambition mélodique a cessé. Plus aucune prise, la peau qu’on effleure comme une texture irréelle et les mots qu’on prononce avec une rudesse hypnotique à l’image de ce live de « Away from My Body » . Grandiose est-il besoin de préciser.

Qu’on se rassure, « Keep Changing » nous ramène sur des chemins plus facilement praticables. Une introduction entraînante (ça dure deux secondes, tout juste) puis un légo musical façon Moderat plutôt réussi. Répit également avec la délicate « Facetime » qui me rappelle les violons millénaires de Sigur Ros et alterne malicieusement avec les instants tantôt furieux, tantôt dépouillés qui parcourent l’album à l’image de « Oblivious » et « Away From My Body » .

Brandt Brauer FrickJoy – K7!/Because Music est en écoute sur Spotify/Deezer

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