Tim Buckley, l’enfant d’un autre siècle (1966-1975)


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J’imagine un beau-parleur à la voix de sucre. Un brun ténébreux, guitare en bandoulière, la mine renfrognée pour chasser cet air de Premier de la classe. Beauté amère. Insaisissable. Le regard ailleurs, quelque part en soi, cette forteresse imprenable.

3 maigres accords d’un blues centenaire et la tristesse le surprend, la peur lui tombe dessus, l’ennui le gagne. La tempête fait rage mais rien de plus en surface. Une fêlure à peine sur son visage d’éternel enfant. Le vernis s’effritera avec le temps, certainement. La peau marque. Mais pas la voix.

On l’entend chuchoter au micro…

Mais braille un peu pour voir. Fais le fier. Calme le jeu maintenant. Pas mal Boy! Pas mal, continue comme ça. Pleure debout. Dissipe tes peurs. Explore le monde, toise le monde. Mime qui tu peux. Joue la comme Dylan ou aucun autre. Ne laisse jamais ta voix mourir. Laisse lui le chant libre ou sombre dans le silence.

Un soir de Juin 1975, un satané sac de poudre parvint pourtant à faire taire le Boy insolent.

Ce n’est que très récemment que je me suis plongé dans l’univers de Tim Buckley, auteur/compositeur, guitariste/interprète américain au tournant des Années 60/70 pour ceux qui ne le connaîtraient pas. Pour la petite histoire (ou plutôt la Grande), c’est également le père de l’autre Buckley, son fils, Jeffrey Scott à l’état civil.

A la lecture d’un article daté de 1976, publié dans le fanzine Atem, intitulé « Greetings for Tim Buckley  » (*) , je trouve, par hasard, le prétexte d’écouter d’un seul trait les 9 albums studios que le gaillard a enregistrés entre 1966 et 1974.

Tim Buckley, c’est un peu l’histoire du looser magnifique, de l’artiste tête brûlée, sourd à tous les bons conseils, impulsif, otage du rythme. Essaye un peu de fuir avec les pieds dans le ciment. La tête dans un sac de poudre. Impossible. Les doigts incapables de quitter le manche de sa guitare et puis… la voix, sa Voix.

Sur une ligne de crête, à quelques encablures d’un crescendo infernal, capable d’une note inconnue des manuels de musique. Un « don » du diable sûrement et on sait ce qu’il en coûte.

Depuis son premier album (paru en 1966), à l’esthétique toute britannique, influencée par le Mod (écoutez notamment « I Can’t See You »  ou « Song Of The Magician » ), Tim Buckley évolue très rapidement vers un Songwriting où la musique Folk est poussée jusqu’à ses limites. Si la douze cordes en reste le moteur de composition et d’écriture, sa structure se détache progressivement des caciques du genres. Les morceaux s’étirent et gagnent en densité (« Hallucinations » dans un style très proche des premiers Pink Floyd et de façon plus évidente avec « I Never Ask To Be Your Mountain » et « Gypsy Woman » ).

Arrivée à maturité, sa musique navigue entre Folk Psychédélique et tradition Blues vocale (l’inclassable « Dream Letter » sur l’album Happy Sad, 1969) qu’il confronte par la suite aux expérimentations Jazz (On pense notamment à « Come Here Woman » – écoutez bien sa voix en introduction, elle se confond avec celle de Jim Morrison–  et « Jungle Fire » sur l’album Starsailor, 1970).

Arrivé à un point de rupture, Tim Buckley s’éloigne de la musique quelque temps à partir de 1970. Ce n’est qu’en 1972 qu’il y revient et ouvre un nouveau chapitre artistique souvent considéré comme sa période Funk avec Ia trilogie Greetings From L.A. (1972), Sefronia (1973) et Look at the Fool (1974). Ce sont là des albums plus secondaires, bien que tout ne soit pas à jeter, en témoignent le blues épuré « Hong Kong Bar » ou la balade « Sally Go ‘Round The Roses » qui referment la playlist qu’on vous a concoctée avec soin.

Playlist « Tim Buckley – L’enfant d’un Autre Siècle (1966-1975) » , 17 titres à écouter sur Spotify/Deezer

(*) repris dans ATEM 1975-1979, Une sélection d’articles et d’interview, sous la dir. de Gérard Nguyen et en collaboration avec Xavier Béal et Pascal Bussy, Ed. Camion Blanc, 2010.

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