Jambinai – A Hermitage (2016)


Jambinai_On_StageOn entend un drôle d’instrument, à la sonorité un peu rêche, moribonde, comme celle produite par un bout de bois qu’on frotterait sur des cordes détendues, lessivées. La seconde d’après, la colère des Dieux s’abat sur Terre. Premier Déluge.

Un Homme, deux Femmes, à la manœuvre, en arrière-plan. Le drôle d’instrument, gondolé, reprend son air martial. C’est un cithare de l’Est asiatique, le Geomungo. Il joue toujours ce même prélude, terrifiant, au rythme implacable. Panique à bord.  Les percussions préviennent de la catastrophe. Second Déluge. Dans la tempête, bruissent les vertiges d’un violon venu d’ailleurs, rentré en dissonances. Puis le calme. Soudain.

Un Homme, deux Femmes à la manœuvre, à l’avant-scène. Un espace mis en lumière par un chant glacé et rassurant. Reconstruire, évoquer. Incarner, apaiser. « Echo of Creation » de Jambinai :

Jambinai est un trio de Post-Rock coréen. Il associe à ce courant des éléments de la musique traditionnelle coréenne, grâce à l’apport d’instruments anciens tels que le Geomungo, l’Haegum et le Piri (respectivement et très grossièrement  un cithare, un violon et une flûte asiatiques). Le tout dans un décorum le plus souvent apocalyptique et fiévreux. Bon sur le papier, c’est pas particulièrement sexy (Eh Jean-Michel ça te dirait de m’accompagner pour un concert amateur de claquettes soufies bulgaro-coréennes), mais sachez que les petits loulous en provenance de Séoul ont déjà remporté plusieurs récompenses avec leur précédent album Différance (2012).

A l’écoute de leur dernier album (A Hermitage, sorti le 17 juin dernier chez Bella Union), on ressent très rapidement la densité de leurs compositions. Jambinai aborde la musique comme l’expression fragile d’une essence volatile, insaisissable. Sous forme d’objet sensible à l’oreille humaine, tout l’art de cette musique consiste à se confondre avec cette énergie abstraite, d’entrer en résonance avec elle. D’où l’alternance des moments de grâce et d’atermoiements, de furie et de sérénité. Pour se faire une idée de la chose, suite à « Echo of Creation » , enchainez sur « For Everything That You Lost » et enfin « Abyss » . On mesure ici un spectre large d’émotions baignées dans une esthétique à la pesanteur redoutable.

Le fantôme de Godspeed You! Black Emperor (lire la chronique de leur dernier album par ici >>>) rode le plus souvent (« The Mountain » à titre d’exemple), mais pas seulement, on pense également à Fantômas (Side projet de Mike Patton) ou Korn par instant ( « Wardrobe  » ou « They Keep Silence » notamment), à Swans en d’autres (la marche royale et bruitiste « Deus Benedicat Tibi » ).

L’album ne présente aucune faiblesse, maintient le rythme grâce aux gimmicks entêtants du Geomungo qui reviennent à intervalles réguliers et alterne remarquablement le rythme et la couleur des morceaux. Assez sûrement, un des meilleurs  de l’année dans un genre qu’on croyait (à tort) sinistré.

Jambinai  A Hermitage – Bella Union en écoute sur Spotify/Deezer

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