Après l’expo : David Bowie (1967-1976), autrement que par les tubes…


Bowie_Egyptien

L’occasion était trop belle. Jeudi dernier, prendre l’air, approcher les idoles, apprécier la texture de leurs plus beaux atours. Prendre l’air, se gorger des bouffées de l’ancien temps. Celui des paillettes et du Strass, du Psychédélique et du Glam, de la cocaïne et du sommeil qu’elle repousse, de la profusion des genres et des transgressions.

Jeudi dernier, 11h à la pendule esseulée du Philharmonique de Paris. La file d’attente pour l’exposition David Bowie s’épaissit, accueillant badauds, touristes, chômeurs et retraités, fans de la première heure et novices intrigués. Le célèbre cliché « à l’éclair » (ayant servi de pochette pour l’album Aladdin Sane) trône à l’entrée du sas, antichambre des virtuosités, où signe des temps, quelques-uns s’adonnent aux selfies avec David en arrière-plan. Instagram et Facebook like(nt).

Avant de franchir le seuil, je me remémore ma première véritable inclination pour Bowie :  « Andy Warhol » (Live in Santa Monica ’72 – 1994). Un titre léger, presque aride, confiné à la voix sophistiquée de son auteur et les ritournelles guitare Folk arrondies, d’où s’échappent une essence libertaire, supérieure. Comme un môme de 24 ans sublimerait la figure du Pop Art, une de ses idoles, en le croquant dans un portrait amusé, sous la forme d’une parodie irréelle et respectueuse. L’homme qui observe celui qui créé, qui pensait éviter l’intrusion, la satire de son art… Ironie (ou pas) de l’histoire, Warhol n’appréciait guère la chanson du jeune auteur en son hommage et lorsque les deux se rencontrent à la Factory à l’occasion du voyage de Bowie à New York en Nov. 1971, la caméra croque l’ennui et (peut-être le malaise) dans une vidéo muette devenue culte (à regarder par là >>>)

Deux heures d’exposition. Un dernier frisson dans la galerie des concerts, où la projection d’un live de « Rock’N’Roll Suicide » (capté au soir de la dernière date de la tournée Ziggy Stardust, ultime performance des Spiders From Mars) est restituée et réassemblée en multivision sur différents pans des murs de la salle. Travail remarquable et morceau de bravoure, tant la prestation de Bowie, ce soir-là, est convaincante et habitée; On en ressort hébété, imprégné de la férocité de la musique et frappé par la puissance visuelle du spectacle proposé.

Passage par le stand merchandising, ou ce qui en fait office (les gars du marketing ont du se faire virer depuis, le lieu hésite entre minimalisme de rigueur et visibilité nulle). Je me procure tout de même l’essai « Discologique » de Matthieu Thibault « David Bowie, L’avant-garde Pop » (Editions Le Mot et Le Reste, 2013). A peine sorti, je me plonge dans sa lecture, tâche qui accaparera mes trois prochains jours, accompagné d’une réécoute intensive et méthodique des albums du Maestro.

L’idée, ici, n’est pas de juger de la qualité de l’exposition (que je trouve par ailleurs excellente, sans toutefois prétendre à l’expertise sur le fond ou la forme), mais de suggérer le talent, la suractivité et le foisonnement de Bowie dans ses plus jeunes années en sélectionnant 10 titres restés dans l’ombre des hymnes Glam de la période. Entre 1967 et 1976, il enregistre pas moins de 10 albums studios, participe à la production de Transformer de Lou Reed, Raw Power des Stooges et All The Young Dudes de Mott The People et se réalise dans une pluridisciplinarité artistique exemplaire (Mime, Théâtre, Cinéma, Peinture, Stylisme…). Ces productions, placées au limite de l’idéal Pop (et poussées par l’ambition du succès) offrent la synthèse d’une multitude de courants musicaux (Mod, Baroque, Psychédélique, Progressif, Soul, Disco). Il façonne le Glam à son image, à celles de ses doubles et de leurs exubérances  : Sitôt devenu star, propulsé figure de proue d’une mode éphémère, il s’empresse de s’en détacher et poursuit sa route,  marqué par un revirement esthétique et de nouvelles explorations musicales, à « L’avant-garde » , préparant ainsi le terrain au mouvement Punk (Spunk des Sex Pistols et The Clash des Clash sortent tous deux en 1977) et l’assimilation des sons Krautrock et de l’Ambiant naissant dans la Pop protéiforme et ambitieuse révélée sur Station To Station.

Bowie_Reflet

Voici donc une sélection personnelle de 10 titres, tous enregistrés entre 1967 et 1976, moins connus, qui s’écartent pour certains, des formats courts de ses tubes et soulignent un David Bowie qui affine son écriture et enrichit l’orchestration de ses compositions. A titre d’information totalement inutile, aucun de ces titres ne figure sur les deux éditions (20 et 59 titres chacune) du Best Of Nothing Has Changed paru en 2014 (voilà qui me rend crédible).

En écoute sur Spotify (player ci-dessous)/Deezer :

1. « In The Heat Of The Morning » (David Bowie, 1967)

2. « Cygnet Committee » (Space Oddity, 1969)

3. « After All » (The Man Who Sold The World, 1970)

4. « The Width Of A Circle » (The Man Who Sold The World, 1970)

5. « Andy Warhol » (Hunky Dory, 1971)

6. « Rock’ N’ Roll Suicide » (The Rise and Fall…, 1972)

7. « Panic In Detroit » (Aladdin Sane, 1973)

8. « See Emily Play » (Pin Ups, 1973) – reprise Pink Floyd (The Paper At The Gates Of  Dawn, 1967)

9. « 1984/Dodo » (Diamond Dogs, 1974)

10. « Stay » (Station To Station, 1976)

Un commentaire

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