Tigran Hamasyan – Mockroot


Tigran_Studio2

Les notes au piano glissent, s’affolent et cessent brusquement. Le petit gars sait y faire. S’éviter la boulimie du « refaire comme les autres » mais plonger la tête la première. Eviter le piège du génie précoce, cramé par tous ces espoirs bien trop lourds à porter. Détester les démonstrations académiques, le piège du Jazz Band nombriliste. Surtout ne pas s’arrêter, ou plutôt, ne pas se laisser enfermer.

Impatient, il court, mais après les mélodies qui enjambent les pays et les répertoires, la fusion des notes et de son Histoire. Les géants n’existent que dans les contes, alors, il a mangé de toutes les musiques à son oreille (Black Sabbath, Tool, Meshuggah pour ce qui est du Metal) et usé son steinway jusqu’à la corde.

Tigran Hamasyan ou l’abécédaire du « comment faire » qu’un élève a déjà dépassé, ou la leçon qu’il a déjà envoyée valser, jetée à la figure des caciques du genre. Lointain héritier de Coltrane, du Mahavichnu Orchestra, le même pas trentenaire, arménien de naissance, en est déjà à 6 albums et plus que les premiers prix qui s’entassent dans l’armoire à trophées, c’est sa maturité de composition et sa créativité qui impressionnent.

Accompagné de ses acolytes Arthur Hnatek (Batterie), Sam Minaie (Basse) et de la divine Areni Agbabian (Chants), il vient de sortir Mockroot en janvier dernier chez Nonesuch. Il livre un album au son lourd, foisonnant, virevoltant. Oh non, ne vous attendez pas à une soupe indigeste, à un ersatz de Jazz néo-contemporain et insipide. Vous avez à faire ici à un album de Jazz fusion d’une rare intensité.

Mockroot donne vie à des émotions contrastées, tantôt saisies à la surface du quotidien, là, extirpées d’une profondeur insoupçonnée, impalpable. Les soubassements affleurent et libèrent les énergies à mesure qu’on navigue dans un album guidé par les inspirations virevoltantes de son compositeur :

Boucles infernales et haletantes (la doublette « The Grid » et « Out of The Grid » ), montées cathartiques et gracieuses (« The Roads That Bring Me Closer To You » ), successions de coups de sang et de coulées mélodiques (« Kars 1 » et « Double Faced » ) et aussi ces piano-voix aux sonorités arméniennes dont lui seul a le secret (« To Love » versant doux et nostalgique de la chose et « Song For Melan and Rafik » , versant enfiévrée et abrasive de la chose ).

Tigran HamasyanMockroot – Nonesuch/Wea est en écoute sur Deezer/Spotify/Rdio

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