Benjamin Clementine – At Least For Now


Benjamin Clementine

Nombre sont ceux qui rêvent de régler leur compte aux fantômes en fondant vers le Nord, mais d’autres croisent vers le Sud, franchissent la manche et avant l’étape « Hep Taxi » à Gare du Nord passent par la case galère et rue des ombres.

Bars de quartiers, Métro ligne 2, Porte de la Chapelle, Cross the Channel et quelques pièces dans le chapeau. Méritées, prises à la volée, s’éclipser puis rejoindre les ombres, l’obscurité. Benjamin, un petit gars dans mon souvenir, torse-nu, sec, « tordu sur sa guitare », à la voix tantôt de velours, tantôt de pierre, aux inspirations récalcitrantes, comme si elles s’éloignaient, se noyaient par instant, pour rejaillir, plus puissantes. Comme la va et vient d’une hi-fi vieillissante.

Benjamin, le petit gars d’Edmonton, né dans les quartiers nord de Crystal Palace (Londres) prend la route pour quitter les siens, mettre au défi son écriture classique. Le boy victorien, de sang ghanéen, déboule à Paris et trimbale son spleen quelques temps dans les rues de la capitale, guitare en bandoulière. CV de poète épinglé à la veste, qu’il porte noire à la ville comme à la scène ; Les noirs-vêtus se chargent de leurs fardeaux, à la manière d’un Lonnie Johnson, comme pour se fondre dans l’âme Blues d’un Screamin’ Jay Hawkins. Fortune ou non, « Nemesis » finira bien par frapper, le boy finira bien par devenir un homme, remplir les grilles de son curriculum vitae. Edmonton abritait un musicien aux doigts de verre, qui a bien du se résoudre à émigrer, nul n’est prophète en son pays, Benjamin, toi même tu le dis (« Winston Churchill’s Boy« ).

2014. Il a le physique classieux, la gueule d’un surdoué, l’insolence d’un Jean-Michel Basquiat, cette même dissonance au je-ne-sais-quoi-français dans la déclinaison de son identité. Benjamin Clementine a signé chez Barclay et sort son premier album At Least For Now ce jour (12 janvier 2015), dans la foulée de deux EP (Cornerstone et Glorious You) et de prestations live remarquables.

Oh sûrement Benjamin, on pourrait encenser ta voix et seulement ta voix. Elle se suffirait à elle-même. Mais il y a aussi ce ton irrévérencieux, cette capacité à se raconter soi-même.

L’écrivain sublime le quotidien des petits choses dans ses romans, toi tu les glisses à l’oreille, les récites, dans un sanctuaire où les cordes règnent sans partage (« Nemesis« ) dans ton théâtre de pierres et d’ombres : « It’s My Home, My Home » (« Cornerstone« ) répètes tu souvent, là où débute l’histoire du Boy, là, à l’endroit même où tu as posé la première pierre d’un édifice où l’on vient prier aux premières lueurs du breakfast, devant un petit hôtel saugrenu dédié,  le « St-Clementine-On-Tea-And-Croissants« .

Pause incongrue, dans un album digne, aux timbres dramatiques, presque un concept album où l’on te voit dire « Adios« , sans jamais tourner le dos, te justifier, non sans avoir crié ton déchirement, Londres est là, te retient, t’avale, « London, London, London is calling you » un peu plus chaque jour.

La décision était la bonne, la preuve en est. At Least For Now.

Benjamin Clementine – At Least For Now – Behind Music/Barclay/Universal est en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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