Wildbirds & Peacedrums – Rythm (2014)


Wildbirds & Peacedrums by Klara Källström & Thobias Fäldt 6

On se faisait récemment la remarque, en écoutant je ne sais plus quel disque ni quel groupe, à quel point le rôle du batteur d’un bon groupe de rock est aussi crucial que celui du chanteur. Si on poussait plus loin la logique, un peu comme John Cage qui trouvait jadis la puissance de la musique dans les creux qu’elle laisse, on pourrait même envisager de réduire un groupe à ces deux seules composantes. Les deux Suédois de Wilbirds & Peacedrums, en couple dans le civil, ont du y penser en composant ce quatrième album. Ils auront d’ailleurs mis quatre ans à trouver la bonne formule pour ce retour aux sources du rock, alors qu’ils avaient pris l’habitude, depuis 2008, de sortir un disque tous les douze mois.

Si ce LP multiplie les influences, ses auteurs avaient déjà la maturité suffisante pour réussir le tour de force de se les approprier et créer ainsi leur propre style. On retiendra notamment le magnifique « Soft Winds, Some Death« , joyaux de voix religieuses s’étalant sur plus de six minutes, avec en fond des rythmes hypnotiques limite tikis, à la manière des premiers DJ Shadow. En écoutant également le grandiloquent « Gold Digger« , on est convaincu qu’il y a dans cette voix étrange et rauque une magie incroyable, due sans conteste au sublime mélange d’un timbre proche de celui de Mona Soyoc au débit de poésie comparable à celui d’une Patti Smith rejouant Horses.

La chanteuse interprète littéralement un rôle différent à chaque prise. Tous les morceaux sont uniques car ils embrassent à chaque fois une ambiance différente. On sent même poindre assez vite une logique, une progression, donc, ouf, une idée.

Mais rembobinons un instant. Tout commence en réalité avec « Ghosts and Pain« , à la façon d’un vieux blues martelé sur un frêle tambourin, et sur lequel le chant sans concession de Mariam Wallentin commence juste à s’échauffer. Puis la batterie d’Andreas Werliin prend le pouvoir sur « The Offbeat« , laissant néanmoins la voix monter en puissance dans un rock épuré mais frénétique, new wave mais colérique. De quoi faire pâlir Christian Vander

Sur « Mind Blues« , la rythmique est plus complexe, alternant entre ternaire et binaire ou entre rapide et lent, tandis que la chanteuse crane avec noblesse en jouant les crooners. « Who I Was » permet ensuite au groupe de monter en gamme : plus haut, plus fort, plus agressif encore. On envie soudain celles et ceux qui ont déjà eu la chance immense de les voir sur scène… On les jalouse même gravement. On les aime pas, en fait.

On croit ensuite en une légère accalmie au début de « The Unreal vs the Real« , avant de réaliser qu’il s’agira d’un morceau toujours aussi puissant, le chant empruntant alors les mêmes sentiers tortueux que ceux de Phoebee Killdeer, aidé d’une basse quasi furtive mais tout de même assez persuasive. « Keep Some Hope » fait passer une vague supplémentaire de chaleur sur cet ensemble, avec ses beats saccadés et ses refrains aux grands chœurs à la lisière d’un R’n’B des plus surproduits. Back to black.

Finalement, au terme du parcours, « Everything all the Time » déverse sur nous une musique tribale ahurissante qui évoque rapidement les sambas brésiliennes. Elle est plus furieuse, plus dangereuse, et à la fois plus sensuelle, plus tragique que celle que nous avait offerte il y a dix-huit ans le groupe Smoke City avec le tube « Underwater Love« , repris d’ailleurs dans une publicité de jean’s.

Pour la promo de ce nouvel album, les membres du groupe ont déclaré avoir « voulu faire un enregistrement qui sonne aussi sauvage que [leurs] concerts et aussi chaotique que le monde qui nous entoure« . Le pari est donc réussi. Mais on se perd aussi facilement, on s’abandonne sans céder au chantage de la bonne conscience lorsqu’on plonge dans cette musique là, cette musique qui fait tenir tout dans presque rien. Chapeau.

Wildbirds & PeacedrumsRythm – The Leaf Label, sortie le 3 novembre 2014, en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Le groupe sera en concert le 17 novembre à l’Espace B, à Paris

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :