Yelle – Complètement fou (2014) (Invité)


intro_Yelle-1050x647

Par Dom Grass, invité du Bazar.

Non mais tu n’es pas un peu ouf toi ?! Le dernier album de Yelle, sérieusement ?! Mouahahah, allez vas-y, parle à ma main plutôt ! Ces sarcasmes, qu’on pourrait multiplier ad libitum, dénotent sans doute que Safari Disco Club, le second album de Yelle sorti en 2011, n’avait pas réussi sa synthèse poptimiste. Car malgré un soutien presque sans faille de la Pravda critique locale, le disque n’a pas « rencontré son public ». En revanche, aux Amériques, et malgré la barrière de la langue, l’electro-pop de Yelle a fait positivement suer beaucoup de monde.

C’est avec ces paradoxes à l’esprit qu’on se penche sur la pochette de son nouvel album, Complètement fou : le visage de Julie Budet émerge au milieu d’un océan de popcorns bleus, telle une île perdue au milieu d’une Atlantique sucrée. A l’écoute du premier single éponyme, on suppute que la chanson se fait vaguement l’écho en creux de la mésentente passée : « Je suis arrivée au sommet / Tu n’as rien vu pendant ton sommeil », ou encore « Sans faire de bruit j’ai volé la locomotive / Vas t’en si tu veux, ceux qui m’aiment me suivent ». Peut-être qu’au-delà de la défiance plus ou moins réciproque, ce troisième album de Yelle cèlera sa « réconciliation » avec le public français.

En attendant, c’est bien des USA que nous vient le petit accent qu’on décèle sur le refrain de Complètement fou. Il s’agit de la voix d’un certain Dr Duke. Ce producteur star de tubes mainstream (de Rihanna à Britney Spears en passant par Robin Thicke ou Miley Cyrus) aurait manifesté son intérêt pour Yelle après l’avoir repérée en 2013 comme auteure d’un remix pour… Katie Perry ! Aïe ! On ne trouvera évidemment aucune de ces références honnies (sic) sur les étals du Bazar Musical ! Mieux : il est probable que ce fâcheux name dropping produise un trafic massif de repli défensif sur la page d’accueil, où se réfugient tant de chroniques d’œuvres musicales à la valeur indubitable ! Mais c’est assez bien d’être fou.

Si l’on poursuit l’écoute, on constatera qu’on se retrouve à la fois en terrain connu et au milieu de nulle part. Dr Duke n’a pas réifié Yelle en plastic girl insipide. Non, il lui a préparé un bon Coca sans bulles, sifflé au pitch drinking. « J’m’amuse comme Gotainer/ Qui danse sur une samba ». Avouons qu’avec son univers pop francophone eighties, Yelle peut bien se poiler à nous faire des petits clins d’œil familiers. Etienne Daho est d’ailleurs explicitement cité sur « Ba$$in », où elle nous dispense un cours de drague en mode bouncing. On se permettra donc de lui retourner la blague méta : au final, avec son Dr Luke aux manettes, c’est à peu près comme si l’on faisait le rêve révisionniste de tomber sur un album inédit d’Elie et Jacno produit par Nile Rogers.

Sur quelques titres, l’écriture de Complètement fou bénéficie de la touche discrète de TacTeel (ex TTC), alias Jérôme Echenoz de son vrai nom (fils de). On notera par exemple cette évocation subtile du syndrome de Stendhal dans « Florence en Italie », où le texte finit par s’évanouir dans le chant, une boucle de « oulalala-oula », vertige final sublimement ad hoc. Puisqu’elle nous y invite, poussons encore le délire un peu plus loin : le bel anonyme qui a servi de modèle à Michelangelo n’a pas toujours été ce David planté pour l’éternité dans la Galerie de l’Académie. Imaginons le, cet hypothétique épicurien originel, un jour radieux gros d’espoirs renaissants, nous confier : « je ne vois plus d’échec / dans ce grand jeu de dame / ce matin je la sens / la sœur de mon âme » (« Un jour viendra« ).

Écoutons la, sa virtuelle et belle éconduite, une nuit de novembre, nous murmurer plaintivement sur le ponte vecchio : « dire qu’on va tous mourir / que toutes ces chairs vont pourrir / à quoi ça sert de courir ? / à quoi ça sert que demain je t’aime ? / je serai seule à la fin quand même... » (« Dire qu’on va tous mourir« ). Complètement fous, David ou Yelle ? Autant qu’Erasme ! Et « Memento Mori« … jusqu’au « Bouquet final ».

Yelle Complètement fou – Because Music, sortie le 29 septembre 2014 en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :