Tom Vek – Luck (2014)


Musician Tom Vek

Tom Vek dans le remake de l’homme au parapluie, mais avec une rose. On ne naît pas un 10 mai 1981 par hasard…

Tom Vek, c’est le visage de l’audace et d’un anonyme retrouvé. Celui d’un ex-grand espoir du Rock anglais, passé par Island Records, qui décide de tout faire tout seul, quitte à se brûler encore davantage les ailes, altérer un talent forgé sur le 4 pistes autrefois planqué dans le garage familial. En Parler-foot, on appellerait ça une « Paul Ince » (ou une « Christanval » dans sa version française), en musique, on appelle ça du DIY(#). Chacun voit midi à sa porte. Finalement, après avoir changé de crèmerie/label au cours de sa jeune carrière, le petit gars de Hounslow revient à ce qu’il sait faire de mieux, à savoir un peu près tout et le bougre, multiinstrumentiste, se débrouille plutôt bien dans le domaine.

Avant cela, Tom Vek fait irruption sur les ondes anglaises en 2004 avec son premier single « If I Had Changed My Mind« . Guitares accrocheuses et chant insolent, quelque part entre Lou Reed et Dennis Lyxzen (L’ancien leader de Refused). En 2005, un premier album, intitulé We Have Sound (Tummy Touch/Go! Beat Records), bien accueilli puis, plus rien pendant 6 ans ou presque. Un deuxième album en 2011, Leisure Seizure, des featurings de renom (« Warning Call »  sur l’album The Less You Know, The Better de DJ Shadow) ou des titres compilés (« One Horse Race » sur Grand Theft Auto IV) mais aucun réel succès. Qu’à cela ne tienne, Tom l’ingénus, retourne dans le garage familial, se remet au travail et le voilà de retour avec un troisième album.

Tom Vek, en 2014, c’est le visage d’un poupin éternel, de son vrai nom Thomas Timothy Vernon-Kell, un de ceux qui ne vieillit jamais, un sosie de Parker Lewis, passé à la mode « Hips-o London » ; un visage qu’il couvre d’un bleu mer, par pudeur ou timidité, sur la cover de son nouvel album, intitulé Luck, sortie au mois de juin dernier. Le Destin, La Fortune, qu’il sait pouvoir infléchir à force de travail et de minutie pour finalement rendre une copie plus que maîtrisée. Diplôme de DIY validé! On ne peut pas s’appeler Thomas-Timothy et finir mauvais élève. C’est aussi çà La chance.

Mais tout ne résume pas à une question de facilité : Luck est traversé par le refus de chanter de son auteur. Il y a là un anti-héros qui prend son temps, admoneste, parade ou se répète sur le plan vocal, un faux bad boy qui vous botterait le cul pour s’amuser, avec ce mélange de taquinerie et d’arrogance. Le décor est planté sur « How Am I Meant To Know« , une sorte de mécanique d’arpèges, autour de laquelle se pose le verbe ravageur du jeune loup. Un phrasé éparse, un premier tiraillement particulièrement efficace. S’en suit le single « Sherman (Animals In The Jungle) » dont je n’arrive toujours pas à cerner la dimension tubesque malgré ce que l’on peut en dire. Une introduction entre du « New-New Order » et du Two Doors Cinema Club pour un refrain tout en répétitions. A vous de juger :

On enchaîne sur « Broke« , qui pour le coup me semble un vrai tube. Un morceau certainement imaginé sur un coin de table, à la découpe minutieuse. D’abord, un clavier un peu pataud, qui s’échine sur une ritournelle qu’on croirait écrite pour un orgue en bout de course. Comme une blague faite le dimanche à la messe. Minimalisme pour étendard, lorsque s’échappent les 3/4 notes du « Get Free » de Major Lazer/Amber Coffman. Un psaume obscène, grandiloquent et merveilleux, pour finir sur un sax électrique du plus bel effet.

« Pushing your Luck« , quant à elle, semble tout droit sorti de la factory Breton : il pourrait s’agir d’une attention tout à fait amicale, une tirade bienveillante à l’égard d’un vieux pote qui court après son destin. On pourrait croire à un blues electro moderne, à la morale Dylanienne, revisité par Daughn Gibson. A écouter, le pont original où le tempo se ralentit, à l’inspiration très proche de l’univers de 31 Knots.

Ces deux derniers morceaux sont l’illustration parfaite de la signature musicale d’un album relativement uniforme qui se révèle d’une cohérence infaillible. A peu de choses près, « Ton Of Bricks« , « A Mistake« , « You’ll Stay » et « Let’s Pray » empruntent les mêmes chemins, variantes d’une même cuisine Electro-rock aboutie mais qui à l’usure, peut susciter chez certains l’écœurement. On note toutefois des efforts pour enrichir sa carte comme sur l’acoustique « The Girl You Wouldn’t leave For Any Other Girl« , Ballade Math et sa deuxième guitare insaisissable, avec ses gimmicks ronds et tourneboulés.

Au final et en ce qui me concerne, j’aime beaucoup cet album, à la fois propret mais un rien foutoir, qui cultive l’ambivalence entre l’image du bon élève appliqué et celle de son auteur louvoyant, plongé dans un rock en mutation. Un dérivé de Breton qui s’y substitue plutôt bien.

Tom VekLuck – Moshi Moshi Records, sortie le 9 Juin 2014 en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

(#) En référence au mouvement Do It Yourself voir la page wikipedia qui y est consacrée http://fr.wikipedia.org/wiki/Do_it_yourself

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :