Koudlam – Benidorm Dream (2014) – (Invité)


Jamie Harley 6

Par Eric Chiarappa, invité du Bazar.

Benidorm, côte espagnole. Soleil, vacances, fête permanente et sable fin. Mais aussi plages bondées, dévorées par des barres d’immeubles modernes, rues dégorgeant des hordes d’euro-touristes, clubbing de masse, béton-sur-mer, house music au kilomètre… Serait-ce cela, le Benidorm Dream ?

C’est en tout cas dans la station balnéaire espagnole que Koudlam s’est posé pour composer son troisième album, cinq ans après le remarqué Goodbye. Koudlam, l’artiste des compilations Colette, de la musique des films de Cyprien Gaillard ou Jacques Audiard, puiserait son inspiration dans le paradis (ou l’enfer) mainstream du tourisme de masse ? Si l’idée surprend d’abord, elle finit par s’imposer à l’écoute de l’album, et l’on comprend rapidement que si celui-ci évoque un trip à Benidorm, il ne sera pas pour autant la bande-son d’un Summer of Love sans accrocs…

Koudlam, on l’a appris dans la presse ces jours-ci, s’est enfermé au sommet d’une des tours de la ville pour y réaliser cet album. Dans la ville, donc, mais avec la distance créée par les murs et l’altitude. C’est cette même distance qu’on retrouve dans ses mélodies, comme une opposition entre Enfer et Paradis, hédonisme et mélancolie, insouciance et gravité.

« Ouverture », premier morceau du plus bel effet, se lance immédiatement dans des battements effrénés, laissant entrevoir le drame sous des sirènes en rafale. Le ton est donné : la fête de Koudlam, finalement, ne sera peut-être pas si joyeuse… Après tout, « Benidorm Dream », le morceau éponyme, est une ballade synthétique, plutôt froide et mélancolique. De même, « Negative Creep », hommage à Kurt Cobain ou non, n’est pas, avec son déferlement de gros beats, sa voix rauque et traînante, plus allègre que le serait un morceau de Nirvana.

Koudlam pratique une électro sans tabou : quand celle-ci se fait dansante, elle prend le rythme syncopé et hypnotique d’un morceau trance (« Transperu »). L’auteur, alors, n’hésite pas à lorgner vers les années 1990 et cet âge où la musique électronique s’appelait encore techno et faisait vibrer toute l’Europe, depuis le nord jusqu’à la Costa Blanca. Elle se fait également sexuelle, comme sur « Bukkake », gang-bang de robots bourrin et électronique, ou pop et planante (« Stoned », l’histoire d’un classique lendemain de fête avec l’inconnue dans le lit, et la barre douloureuse au milieu du front).

Parfois la musique se pose, comme si les rythmes effrénés avaient assez duré. Les morceaux s’étirent alors, se font plus lents et introspectifs (« Tycoon of Love ») ou intrigants (l’organique « The Landsc Apes »), jusqu’à s’accomplir dans « Nostalgia », longue plage de synthétiseurs mâtinés d’acid, qui clôture l’album en étendant sa mélancolie à l’infini.

La fête est terminée, le coup de blues approche. On l’avait déjà pressenti sur « Driving My Own Condor at the Night over the Whole Crap », qui nous avait surpris avec ses notes de guitare et sa voix plaintive. Qu’il soit enfermé dans sa tour ou qu’il conduise son oiseau, Koudlam, comme un dandy, s’est coupé de la frénésie urbaine pour l’observer à distance.

On se dit alors que le titre de l’album n’est peut-être pas à interpréter comme un désir de Benidorm, mais plutôt comme une succession d’images et de représentations, douces ou violentes, angoissantes ou fascinantes, heureuses ou mélancoliques, matières dont sont faits tous les rêves.

KoudlamBenidorm Dream – Pan European records, sortie le 13 octobre 2014.

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