Kevin Morby – Still Life (2014)


KM_001_byAmyHarrity

Souvent présenté comme un disciple de Lou Reed, le déraciné du Kansas Kevin Morby a toutefois l’intelligence de ne pas chercher à lui ressembler, et on l’en remercie… A l’écoute de son premier album solo sorti fin 2013, Harlem River, on était plutôt frappé par la familiarité de sa musique et de son chant avec Bob Dylan (« Miles, Miles, Miles« ) ou encore Bruce Springsteen (« Reign« ). Ses influences avouées ou non sont de toute façon majeures, et on est vite figé par la qualité des compositions de ce jeune troubadour de New York, installé depuis près d’un an à L.A., dans le quartier de Montecito Heights, à une encablure d’Hollywood. Mais ce passage d’Est en Ouest n’a pas entamé sa musique, oscillant toujours entre fièvre et repos, comme un régime sain, équilibré de mélanges vitaux.

On doit certainement voir en ce déménagement une manière d’appréhender comme un périple les nouveaux morceaux de Still Life. Si Harlem River avait lui-aussi été composé à Los Angeles, en hommage à sa vie passée, c’est seulement maintenant que Morby semble commencer à digérer le changement. Avec ce que cela implique de hauts et de bas. La première partie de ce disque à la production vintage semble en effet plus énergique et solaire, remplie d’espoirs, tandis que la seconde paraît plus sereine et introspective. Le trip démarre comme une vieille guimbarde un peu poussive mais qui, une fois lancée sur le bitume, parviendra à une vitesse de croisière confortable (« The Jester, The Tramp and the Acrobat« ), avant de défier, à l’aise, le système de radars des state troopers (« The Ballad of Arlo Jones« , façon Them de « Baby Please don’t Go« ), puis de poursuivre, hilare, son périple jusqu’au soleil californien (« Motors Runnin« ).

Avec « All of My Life » commence finalement le second chapitre, ainsi qu’une réflexion plus amère sur un parcours pas si éloigné de la sortie de route accidentelle. « Drowing » vient d’abord poser pour de bon sa poésie urbaine dans un bayou rédempteur et nous balader hors du macadam avec une basse plus râpeuse, esquissant les mystères de ses craintes les plus enfouies, à la manière d’un Timber Timbre sous codéine. Après l’intime mais réprobateur « Bloodsucker » et une pause devant la grande « Parade », on atteint finalement un sommet de simplicité et de beauté grâce au lascif et chimérique « Dancer ». Et c’est loin d’être fini.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : jamais, au plus profond de ce passage entre un visage et un autre de l’Amérique et de lui-même, Kevin Morby n’aura abandonné dans ses compositions la lumière faisant revivre les vieux mythes de nos folk singers préférés, ces fins chroniqueurs du monde contemporain qui avec l’âge, malgré tout, ont peut-être un peu trahi leur propre cause : sublimer la réalité.

Kevin Morby – Still Life With Rejects from the Land of Misfitoys – Woodsist Records, sortie le 13 octobre.

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