Sydney Valette – Paris (2014)


fuite BW

Le deuxième album de Sydney Valette commence très fort. Sur le morceau titre, le chanteur parisien égrène le nom de notre capitale avec la même voix atone et tragique que Daniel Darc autrefois. Cet hommage à Taxi Girl donne tout de suite le ton : l’album de Valette sera plus sombre que Plutôt mourir que crever, forcément plus sombre. Et pour cause : les poèmes sonores, jadis clamés d’une voix légère, pour pouvoir aussi danser, ont pris le goût amer du désenchantement, sans doute parce qu’il s’est laissé déborder par la peur de l’échec ou par l’ennui quotidien. Le même qu’il cherchait à défier la première fois avec un titre comme « Dimanche« . Paris sonne donc cette fois comme un dur retour de bâton, comme un principe de réalité pris brusquement en pleine face.

Tout porte à le croire, en tout cas. La pochette de l’album, d’abord, qui évoque au delà du jouet affiché une ville asphyxiée, froide et aux promesses limitées, entourée d’un vide abyssal et d’un silence noir, tétanisant. La musique, ensuite : si sa synth-pop est toujours aussi groovy, le son paraît plus recherché qu’en 2011, ses intonations générales se font plus subtiles et moins bricolées, moins « videogames » en somme. Parfois, c’est même une ambiance quasi gothique qui viendra appuyer notre thèse. Avec des titres comme  « Méditerranée » ou encore le superbe « Krystall« , Valette colle ici davantage à ses références vintages en y mêlant des beats plus contemporains, mariant ainsi le romantisme des années 80 à la brutalité et au chaos du monde d’aujourd’hui.

La voix étant elle aussi plus grave, plus posée, les paroles de ses chansons se font plus sincères, plus personnelles et marquées par un désœuvrement au sujet duquel les cabrioles stylistiques habituelles du chanteur ne font plus illusion. Le clown qui rit par devant pourrait bien faire la gueule, par derrière, une fois rentré au havre. L’ancien étudiant en philo, doué pour le piano, puisque son père jazzman l’a mis devant cet instrument à l’âge de dix ans, n’a pas fait que lire Nietzsche ou Schopenhauer. Il a aussi vécu les rues mornes et abattues de Paris, ses désillusions diurnes et nocturnes, ses amours vaines, ses espoirs trompés (« Je n’ai plus que mes yeux pour pleurer », sur le tubesque « Enfant bourré« ). Il a poursuivi son observation lucide de l’absence et du monde, lui qui avait déjà prévenu ne pas forcément toujours vouloir y vivre en tant qu’homme, mais plutôt comme un chat pour pouvoir se languir du rien. Valette semble pourtant accuser le coup et subir sa solitude, sans pour autant rester sans broncher (« Vomis ta haine », répète-t-il d’une voix blanche une quinzaine de fois sur l’amère « Apathie généralisée« ).

Des titres comme « Fête transparente« , « La normalité » ou « Le jardin de lumière« , aux mots abstraits voire dadaïstes, raviront certainement les anciens fans, pourtant c’est la fascinante ballade « Pluie« , plus intimiste et simplement romantique, qui élève aujourd’hui Sydney Valette en véritable songwriter, en nous berçant à deux voix dans le creux d’une de ses habituelles insomnies.

Sydney Valette – Paris (Yuk Fü Records), sortie le 25 septembre 2014.

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