The War on Drugs – Lost in the Dream (2014) – (Invité)


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Par Fred Morrow, invité du Bazar.

Dans un premier temps, j’avais traduit « The War on Drugs » par « faire la guerre sous l’emprise de stupéfiants », avant de m’apercevoir de ma bévue…

Basé à Philadelphie, The War on Drugs est dans un premier temps dirigé par le binôme Adam Granduciel / Kurt Vile. Tandis que le reste du line-up va fluctuer au fil des mois, c’est l’obsession commune des deux chevelus pour Bob Dylan qui va surtout servir de fil rouge à l’ensemble de leurs créations.

Après un EP autoproduit en 2005, leur premier album (Wagonwheel Blues) sort en 2008 sur le label Secretly Canadian. La même année, au terme d’une tournée européenne, Kurt Vile décide de quitter le groupe, préférant se consacrer à la carrière solo qu’il vient tout juste de lancer avec ses Violators. Mais The War on Drugs survit à cette séparation douloureuse et, en 2011, c’est au tour du superbe Slave Ambient de faire l’unanimité tant en Europe qu’outre Atlantique, avec ses arrangements empruntant à la fois au Bruce Springsteen de la période sombre Nebraska (lui-même influencé par le groupe Suicide), qu’au Sonic Youth de Daydream Nation.

Produit par Adam Granduciel himself et sorti en France au printemps de cette année, l’album Lost in the Dreams est annoncé par les premières critiques comme étant sous influence de Dylan et Springsteen ; un album pour tailler la route de nuit. Il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur le premier bac venu.

La pochette donne immédiatement le ton. Une photo sombre, floue et décolorée du chanteur à contre-jour, façon vieil Holga. Une photo un peu ratée en somme, après avoir bougé l’agrandisseur puis inversé les produits dans les bacs. Sur la platine, « Under the pressure » démarre elle aussi comme une chanson vaguement plantée, comme s’il y avait un contretemps, une difficulté pour s’élancer. Au bout de trente secondes, pourtant, la magie opère. Je suis happé par le flux des nappes d’instruments.

En cette fin d’après-midi d’été, je laisse tourner, et s’enchaînent alors « Red Eyes« , « Suffering« , « An Ocean in Between the Waves« , « Disappearin« … Des morceaux longs, texturés, accrocheurs et parfois sous tension. Des strates impressionnistes de claviers et de guitares s’empilent. Les mélodies se font et ses défont comme des vagues s’échouant les unes après les autres sur une grève de galets. La production d’Adam Granduciel est tout simplement époustouflante et n’est jamais ni lourde ni trop présente. L’homme a réussi son pari et tout n’est que fluidité et simplicité.

Avec « Eyes to the wind« , la mélancolie s’installe comme une nappe qu’on étend sur une table. Je porte alors mon regard sur le jardin clos de murs en pierre, le gazon fatigué, les grands ifs et les fruitiers chancelants et m’aperçois que, pendant que j’écrivais assis à ma table, le grand ordonnateur des saisons venait de mettre un tour de vis à l’été. Trois fois rien, tout juste un quart de tour, un infime degré dans le chemin qui nous mène à l’hiver. Là, subrepticement, mais de manière aussi implacable que le temps s’écoule sans que l’on ne puisse rien y faire, la lumière a changé. La couleur du ciel s’est foncée. Les bruits dans le vieux jardin se sont étouffés. L’air est devenu plus pointu, pas piquant, non pas encore, juste pointu. L’espace et le champ des possibles se sont rétrécis. Il y a une heure encore, il faisait chaud et le soleil portait beau. C’est maintenant fini. L’été a disparu comme ça. Clac. Barré sans prévenir.

Les morceaux se succèdent et je reprends pied dans une rêverie qui ne demande qu’à m’emporter sur « Haunting Idle« . J’émerge sur « Burning« . L’intro du morceau me renvoie bizarrement à « In Between Days » de The Cure, autres temps, autre galaxie. La mélodie de « Lost in the dream » tient toutes ses promesses de ballade folk-rock minimaliste. Enfin, « In Reverse » comme un au-revoir, plus tard, là-haut peut-être, oui sans doute.

Lost in the dream de The War on Drugs, c’est une eau dans laquelle on aurait envie de se baigner nu, le soir couchant. Une eau douce et fraîche, triste et sereine à la fois. Un album qui toujours atteint sa cible. Et pour ça, ni besoin de guerre ni de stupéfiants.

The War On Drugs – Lost In The Dream  – Secretly Canadian en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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