Interview – Flavien Berger (septembre 2014)


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Cette année, Flavien Berger a sorti coup sur coup deux superbes EPs, Glitter Gaze au printemps et Mars Balnéaire en août. Sa musique électronique et cosmique n’ayant pas manqué de tourner en boucle dans nos écouteurs, nous avons voulu en savoir plus sur celui qui devrait bientôt faire parler de lui dans les dîners en ville. Alors qu’il était en studio, il a eu la gentillesse de se prêter au jeu des questions-réponses.

Tu viens de sortir deux EPs, dont la réception par la presse a été très bonne. Travaillerais-tu actuellement sur un album ?

Je suis en train de confectionner mon premier album, en effet. Je le fais dans la même énergie naïve que les EPs : home made, en bidouillant des histoires fantasmées, sans beaucoup de moyens. J’essaye d’y mettre autant de poésie que d’énergie. Je pense le sortir en début d’année prochaine, mais je ne veux pas trop sacraliser cette sortie, même si j’avance avec exigence. Mon producteur Arthur Peschaud, fondateur du label Pan European Recording, m’aide beaucoup à y voir clair et à me canaliser. Il s’agit d’un tout nouveau projet, qui ne reprendra pas les morceaux des Eps, mais je souhaite me servir de la chanson pour établir un pont entre musique électronique et psychédélisme.

Qu’est-ce qui t’a conduit à poser des mots sur ta musique, sur ton second EP ? Est-ce que tu souhaitais davantage marquer ta présence sur scène, grâce au chant ?

J’ai d’abord écrit, j’ai chanté plus tard. J’écris comme certains colorient. C’est un jeu de modules de sens et de sons qui forment la chair d’un squelette rythmique. Je me suis d’abord servi de la voix comme d’un instrument, harmonique, en faisant des chœurs. Puis les mots sont apparus. Mes chansons naissent de visions, de fantasmes, d’aires imaginaires. Je croise ainsi une volonté purement pop avec des armes qui sont celles de la musique l’électronique. Je chante, car je veux raconter des histoires, plus que les évoquer. Sur scène, je revisite mes morceaux en laissant une grande part à l’improvisation, très souvent dans une dynamique de montée en puissance.

Tes compositions semblent beaucoup emprunter à la musique électronique des années 70, notamment au krautrock. D’où te vient ce goût pour un genre parfois méconnu en France ?

Le plus génial avec le krautrock, c’est que c’est un ride, un cadre propre à faire évoluer des paysages. La métronomie rythmique rend la structure rigide, et j’aime y installer un léger groove, en contraste. J’ai connu le krautrock par le biais du groupe Neu!, avec lequel j’ai reconnu les influences de musiques postérieures, mais que j’avais entendues avant. J’ai eu l’impression de découvrir une source essentielle d’inspiration.

Tu cites souvent la notion de paysage, lorsque tu évoques ton travail. Or, ta musique comporte justement un aspect très cinématographique. Est-ce que le fait que plusieurs membres de ta famille travaillent dans ce domaine explique le côté très visuel des sons que tu produis ?

Je suis très perméable au spectacle cinématographique, ça vient en effet de mon éducation. Les images sont indissociables de mes compositions, même si elles sont mentales et que personne ne voit la même chose. Je m’imprègne de l’ambiance de certains instants et les retranscrits en musique. Adolescent, c’était mon rêve de bosser dans ce domaine. Dès que j’ai eu des outils pour enregistrer des compositions, je l’ai fait. On m’a toujours encouragé à créer, à exploiter des idées, à transformer des fantaisies en choses tangibles. Plus jeune, ça débordait sur d’autres terrains, mais avec le temps c’est avec la musique que je suis le mieux arrivé à exprimer les histoires que j’avais en tête. La musique était une activité souterraine, qui a vu le jour à force d’être pratiquée. Quand je vivais chez mes parents, j’avais une fausse radio, et j’enregistrais des heures de musique sur cassette. Ça a été la meilleure école, pour moi.

Ton nom est crédité, pour la BO, au générique d’un documentaire américain assez prometteur, « Mala Mala » de Dan Sickles et Antonio Santini. Peux-tu nous parler de ce film, et de la manière dont tu as été impliqué dans ce projet ?

C’est mon amie Meriem Bennani, avec qui je fais les dessins animés Some Silly Stories (site des films), qui m’a présenté l’un des réalisateurs au début du projet, lorsqu’il n’avait pas encore de production. Je me suis mis à leur envoyer régulièrement des grappes de morceaux, que je composais en m’imaginant des drag-queens dansant au coucher du soleil, sous les palmiers. J’illustrais des scènes avant de les avoir vues, la plupart du temps. Mes fantasmes guidaient ma création, et il y a eu des moments magiques, comme pour une scène à propos de laquelle Antonio Santini m’avait simplement dit qu’on allait voir des flashs de gyrophares sur le visage d’un transsexuel, au ralenti. J’ai alors composé un morceau piano-voix, très romantique, en me disant qu’il fallait quelque chose de très épuré pour laisser s’exprimer la force des images. Le résultat final nous à tous foutu les larmes aux yeux (trailer de Mala Mala) !

Sur « Radio Rover » (EP Mars Balnéaire), tu rends hommage à Suicide. Que penses-tu du travail de Martin Rev, aujourd’hui, et de la reformation du groupe, à l’occasion de quelques concerts cette année ?

C’est Robin Lachenal, membre du Collectif_Sin~ et réalisateur du clip, qui a eu l’idée de rendre hommage au clip de « Dream Baby Dream » en remakant cette séquence hyper sensuelle d’une blonde au ralenti, strobscopée à mort. Sur Mars, la blonde devient extraterrestre et le strobo se calme pour suivre le tempo lent du piano. Suicide est une référence majeure. Leur rock’n roll est immortel. Ce sont les super-stars de la ville basse. Les deux assurent, ensemble ou pas. Martin Rev fait de la musique intracrânienne, une espèce d’opéra naïf et grotesque. J’aime beaucoup. C’est du blues de robot. Sa musique me fait penser aux petits génies de Salut c’est cool. Cela dit, Suicide en live, ça devrait vouloir dire énergie pure et standing. Or, là, je trouve Alan Vega un peu rabougri. Il fait un peu vielle dame, un peu la femme au pigeon dans Maman j’ai raté l’avion 2 ! Mais je pense qu’ils peuvent peut-être encore faire des choses géniales. J’en fais le vœu, en tout cas.

Ecoutes-tu beaucoup de musique ou de chanson française ? Te sens-tu proche d’un groupe comme Zombie Zombie par exemple ?

Je me rends compte que je n’écoute pas énormément de nouveaux trucs. Enfin, ma manière d’écouter de la musique est assez chaotique, j’ai des références très ancrées pendant certaines périodes, puis elles s’évanouissent, je les oublie, et elles resurgissent plus tard. En ce moment, j’aime bien les couples : Elie et Jacno, Brigitte Fontaine et Areski, Marie et les Garçons… Zombie Zombie c’est classe, ils ont de super références et font les choses sérieusement.

Tu es l’auteur d’un remix de « La vie dure » de François & the Atlas Mountain, très « dancefloor » et en même temps très différent de l’original. Il a une tonalité beaucoup plus dure et tu n’as d’ailleurs retenu que quelques paroles seulement. Comment a-t-il été reçu par le groupe ?

J’ai compris il y a quelques jours que pour faire un remix, il faut d’abord que j’ai une idée définissant simplement en quoi je vais transformer le morceau. Il me faut sortir de la musique en elle-même quelque instants, pour savoir ce que je veux raconter avec le matériel proposé. Dans le cas de « La vie dure » c’est une histoire de point de vue. Le texte de la chanson est un peu schizophrénique, il y a comme deux pôles : une première section raconte quelque chose de précis, qui parle d’aujourd’hui, qui s’inscrit dans un contexte décelable, alors que la seconde section est beaucoup plus onirique, chargée d’énormément de poésie. Quand j’écoutais cette section de paroles-là, je voyais des scènes en nuit américaine, sombres, très Buñuel. Je me suis imaginé un morceau habillé seulement de cette ambiance sombre, métallique, presque mort-vivant industriel. J’ai gardé certaines tranches du morceau, les plus synthétiques, je le réalise maintenant, pour en faire un ride de « biker-voyageur dans le temps ». Mais une fois fini, c’était trop rapide à mon goût, alors j’ai pris le morceau tel quel et je l’ai passé dans un logiciel pour l’étirer et non le ralentir. Du coup, c’est devenu un ride de « biker-voyageur dans le temps sous codéine ». C’était une bonne expérience, je remercie encore le groupe de m’avoir fait vivre ça. Merci les gars.



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