Alt-J – This Is All Yours (2014)


Alt-J_This Is All Yours

Garder le cap. Eviter la « Lana Del R-isation ». Envoyer en Fab. une aquarelle sous fresh paint, à la Kandinsky, parce que ça fait une jolie pochette. Cacher le personnage Miel Pop’s sous les traits d’un Schtroumpf un peu bourré. Rester jeune. Sortir la Pop de l’ordinaire. Le drame des caractères spéciaux introuvables sur le clavier, Alt-J (∆). On voulait vous raconter l’histoire vraie du groupe et de son petit dernier All Is That Yours. Alors pour vous, Le Bazar a enquêté, titre par titre, sur l’un des albums les plus attendus de l’année. 

« Intro » : un patchwork d’état d’âmes aspirant à la mobilité (Ouais, un Rubik’s cube émotionnel, tu veux dire!?), une kyrielle de voix déchirées, lascives, crues, transparentes et magnifiquement entre-mêlées. Bref, un « anti-single » pour démarrer, c’est parfait.

« Arrival in Nara » : ou comment s’attacher à la lenteur, car c’est en son sein que ruisselle la beauté. Jolie maxime. Tout commence par un piano à la Gonzales. Mais je préfère imaginer Agnes Obel, qui, échappée de son Seeland natal, se retrouverait en pays gallois, qui, devenue rouquine à la peau laiteuse, se mettrait à chanter sa fragilité sans drama ni pleurnicheries. Il faudrait un jour sérieusement étudier cette âme britannique millénaire, capable de chialer dans sa bière, la peine engoncée dans le coeur, sans catharsis et l’ironie pour étendard. Le flegme britannique en clé de sol.

« Nara » : Un titre qui révèle cette faculté de la bande à découper leurs morceaux, hacher l’écoute passive de l’auditeur lambda. Ils vous surprennent par inspirations éphémères, successives, aux chœurs de la fabrique à mélodies qu’ils happent, aspirent et reprennent au gré des « lancinances » (le dictionnaire est formel, ce mot n’existe pas) et de leur fantaisies.

« Left Hand Free » : un Rock caricatural, qui ne leur ressemble pas. Et pourtant, un Rock foutoir, au timbre vintage, au ton Black Crowes. Un groove saturé par endroit, ça sonnerait un peu comme du John Spencer Blues Explosion sous barbituriques.

« Every Other Freckle » : ou comment faire parvenir le combat des roux contre tous les autres au titre de grande oeuvre nationale (NDLR : « Freckle » signifie « roux » en anglais). Ou juste un petit chef d’oeuvre alors, au moins. On s’y lance comme dans une épopée, encouragé par les voix de ces oracles adolescents, qui vous crachent leur arrogance à la figure (« If you really think you can estomach me »), réfractaires, libres, pas solidaires pour un sous. Vas-y gamin, mets un euro dans le Jukebox et passe ton chemin. Passe ton chemin, je te dis!

« Garden of England » : une ballade baroque, une pause salutaire au son  des flûtes à bec (d’essence celtique et du chant des petits oiseaux qui nous parvient depuis les arbres. Si vous ouvrez l’œil et le bon, vous pourrez apercevoir Mme la comtesse Du Barry en fâcheuse posture, en train de faire cocu son amant de la vielle avec son amant du jour, le tout derrière un bosquet. « Bienvenue à la Cour, Mon Prince!

« Choice Kingdom » : non, il ne s’agit pas d’un message de propagande du 10 Downing Street (NDLR : le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse se tenait le 18 septembre 2014, 4 jours avant la sortie de l’album). On pourrait croire que Coldplay, en mal de succès, aurait séquestré Alt-J, tout çà pour se taper l’incruste sur All Is That Yours. Mais non, il n’en est rien. C’est juste que les gars de Leeds, ils y croient dur comme fer à la Couronne britannique. Mogwai les ferait brûler sur place, nous on les épargne.

« Hunger Of The Pine » : second chef d’oeuvre. Miley Cyrus  comme un dernier coup de pinceau, tout au plus. Un bourdon phénoménal, un cliquetis électronique, une avalanche de flèches qui nous fait craindre le pire si les archers anglais venaient à se réveiller. Et dans tout çà, un jaillissement cristallin, romantique, telle « une immense espérance [qui] a traversé la terre ». Un croisement anachronique entre Richard Coeur de Lion et le Robin Hood moderne dans l’esprit du metteur en scène Nabil Elderkin.

« Warm Foothills » : une ballade à la Fleet Foxes. Des fragments de voix, puis des boys qui se mettent à siffler dans un environnement sonore aquatique.

« The Gospel Of John Hurt » : la soeur aînée de la précédente, la moitié d’un chef d’oeuvre. Un cadet réussi. Sortir du bois d’abord. Laisser une traînée de poudre derrière soi pour retrouver son chemin. L’esquisse d’un agacement, de l’impatience contenue. Le « clic-cloc des pendules, à l’heure où je te parle […], il circule », il tournoie avant de s’amplifier pour enfin exploser sous l’effet du temps qui s’égrène et des regrets qui s’accumulent.

« Pusher » : la fragilité est une grâce, la sobriété en est l’écrin. Rien à redire, c’est doux et cajolant. On pourrait presque prendre un aller simple pour Leeds et leur faire des bisous.

« Bloodflood Pt. II » : une embardée faussement Electro, au beat écrasant. Où le Suprême NTM et son « Assassin de la Police » ont pris un côté doucereux. Des renversements d’accords délicieux. Des cuivres triomphateurs. Un piano droit comme un I, sans fioritures, même pas un dièse. Tous les ingrédients d’un bon Flaming Lips, mais au ralenti. Toujours prendre son temps qu’on vous dit.

« Leaving Nara » : une ritournelle flamboyante. Des triolets de guitare qui s’ouvrent comme des persiennes, sur une terre mythique. Un horizon indépassable, que chacun se construit à la hâte, mais eux non, 13 titres plus tard, ils abordent à peine la sortie de la ville. Une fois passé le panneau « Nara vous remercie », l’inconnu.

« Lovely Day – Bonus Track » : Ah non, on commente pas. c’est un peu comme la chanson cachée, on va pas foutre en l’air toutes les traditions.

Alt-J – All Is That Yours – Infectious Records est en écoute sur Deezer/Spotify/Rdio

6 Commentaires

    • Mon cher Vin’s Garcia, je décide d’approuver ton commentaire, parce qu’après tout un espace libre d’expression se doit d’accueillir en premier lieu la parole critique. Tu me permettras également de livrer, en retour, un droit de suite :
      « Prétentieuse » ? parce que j’y adopte un ton décalé et volontairement foutraque (Mme Dubarry, Les petits oiseaux et le Miel Pop’s….). Qu’on se dise les choses, je sais la hype et la fan-o-mania qui entoure cet album et décide donc en conséquence de le chroniquer, en effet, sur un ton décalé.
      J’appréhende la cohorte des fans « faciles », qui se retrouvent face à un album d’une sublime lenteur, plus dépouillé que le premier.
      Extraits : « une kyrielle de voix déchirées, lascives, crues, transparentes et magnifiquement entre-mêlées » : je ne parle pas de musique là?
      « une embardée faussement Electro, au beat écrasant. Où le Suprême NTM et son « Assassin de la Police » ont pris un côté doucereux. Des renversements d’accords délicieux. Des cuivres triomphateurs. Un piano droit comme un I, sans fioritures, même pas un dièse. » et là non plus?
      Mon cher Vin’s, si parler d’Agnes Obel, Gonzales, des Flaming Lips dans une chronique, c’est rester au niveau de la masturbation musicale, alors oui j’abandonne la possibilité de pouvoir te convaincre. Je ne chercher pas à disséquer la musique dans son aspect scientifique ou académique (cela n’apporterait rien au lecteur) mais bien plutôt à en user pour créer un univers autour d’un album, d’un artiste, d’un courant…
      Si tu considères que je donne libre cours à du déballage et de la masturbation verbale (j’assume le jeu avec les mots, la musique étant parfois un prétexte à l’écriture) je te renvoie aux nombreuses chroniques fouillées et pointues que tu trouveras sur le Bazar, je site pêle-mêle : Mogwai, Nick Cave, Angel Olsen, Jonathan Boulet, Steve Smyth, Fuck Buttons, Anna Calvi, Swans, Israel Nash… et j’en passe. Donc je récuse le prétentieux, le déballage et la masturbation verbale. Et attend des arguments un peu plus étayés de la part de mon lecteur,
      A bon entendeur….

  1. Excellent article. Merci pour cette vision ! J’ai lu la description de chaque chanson quand elle passait pour ma seconde écoute. Ça m’aide à l’apprécier cet album, parce que le deuxième semble toujours raté à la première écoute. Thanks

  2. Chronique décalé et bien agréable a mes yeux !
    Cependant je suis mitigé sur la qualité de cet album. Ok il y a de belles pépites, mais manque de dynamisme pour ma part…. il reste un petit gout de déception dans cet album, et de reviens y, parce que Merde c’est les Alt-J…
    Ils sont (preque) intouchables !🙂
    J’ai moins même fait une chronique sur cet opus, et si ça te dit de le lire, ne te gènes pas !
    Je suivrai ton blog😉
    http://dansmonshazam.wordpress.com/2014/09/25/alt-j_-this-is-all-yours/

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