Odesza – In Return (2014)


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C’est parfois difficile de savoir quoi penser d’un ovni comme celui-là. Le style paraît si simple, si limpide, sans rugosité apparente, que l’on pourrait douter de sa complexité, a priori gage de profondeur. A moins que ce ne soit qu’une illusion, qu’un effet « canard sur l’eau » : aucune ondée en surface, mais la bête rame, en fait, sous la ligne de flottaison. Les deux cerveaux d’Odesza pourraient bien faire partie de ce genre d’oiseaux sous les plumes desquels il ne faut pas hésiter à regarder pour voir ce qui s’y cache.

On ne peut sans doute pas venir d’une ville comme Seattle sans avoir gardé les stigmates d’une jeunesse autrefois paumée, puis noyée sous le Grunge, puis passablement oubliée par la crise, puis fondue dans le Metal et le Post-rock sombre qu’un illuminé comme Randall Dunn s’emploie aujourd’hui à produire sans relâche. On ne peut pas connaître de joie sans arrière goût, ni nager sans ramer comme un dingue.

Notre incrédulité nous empêcherait de nous abandonner à la pensée généralisée que cette musique est « joyeuse », qu’elle reflète « l’été au soleil », la « vie sans ombre ». Ça pue, ça, en général, et surtout CA N’EXISTE PAS. Et pourtant… Harrison Mills et Clayton Knight, ex Catacombkid et BeachesBeaches (tiens tiens, moins lumineux ces noms) sont trop jeunes pour avoir connu les années 90. Très tôt placés devant un piano par des parents ne croyant pas aux vertus du DIY, ils ont acquis la maîtrise du rythme et de la mélodie, sans putasserie aucune.

Sous ses airs de Moby bis pour Traders-brunchers-afterworkers en cravate à peine dénouée, par delà ses voix glitchées presque à l’écœurement, Odesza trouve donc le moyen de nous épater. Ces jeunes presque sortis de nulle part nous donnent une petite leçon de choses, en réintégrant dans la musique une notion à laquelle nous n’osons pas assez souvent nous abandonner. Cette forme d’insouciance adolescente, voir enfantine, qui dès la pochette nous rappelle que l’écoute d’un disque n’est pas nécessairement destinée à éprouver nos peurs ou nos angoisses.

Elle peut tout autant réveiller une forme d’enchantement, et ce sans culpabilité ou cynisme d’aucune sorte. En témoigne l’excellent « Memories That You Call« , dont l’intro rappellerait presque un vieux My Bloody Valentine, et qui figurait déjà sur l’EP précédant la sortie de ce second album. Ce morceau-là, ou encore le tubesque « Say My Name« , risquent de cartonner fort sur les dancefloors outre-manche.

Avec ses basses, ses beats déstructurés et ses voix de sirènes, la musique d’Odesza ne se définira certainement pas à l’avenir comme une nouvelle utopie, elle ne véhiculera pas de mise en garde sur le monde, elle ne se définira pas comme un témoignage désespéré sur l’humanité. Elle marque au contraire une forme inattendue d’espoir, dont il nous appartient dès aujourd’hui de savoir profiter.

Odesza – In Return – Counter Records : Sortie officielle le 8 septembre prochain ; en concert à La Bellevilloise le 19 novembre.

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