The Black Keys – Turn Blue (Invité)


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Par Fred Morrow

On se sent parfois triste quand on croise par hasard un vieux copain qu’on avait fini par perdre de vue. Dix ans plus tôt, on partageait tout. Et puis là, tout de suite, rien. Le vide. On est content de se revoir, on se remémore les bons souvenirs, mais c’est tout. Alors on se dit que ce sont nos vies, nos boulots, qui nous ont éloignés ainsi. Mais comme c’est un vieux copain, on essaye de renouer les fils même si on n’a plus grand-chose à se dire.

C’est exactement ce que j’ai ressenti à l’écoute du Turn Blue des Black Keys. J’ai peur qu’ils n’aient plus grand-chose à me dire. Et pourtant, j’ai essayé de renouer le fil.

Depuis Thickfreakness jusqu’à El Camino, en passant par Rubber Factory et Brothers, chaque album m’a apporté son lot de bonnes surprises, le groupe se construisant ainsi une place de choix dans mon Pantheon musical.

Avec Brothers, j’avais grésillé sur leurs influences soul et groovy. Avec El Camino, j’avais adoré le tournant pop, machine à tubes et à danser (« Lonely Boy« , « Run Right Back« , « Little Black Submarines« , « Sister« , etc..). Et de la même manière qu’on ne peux pas empêcher ses enfants de grandir, j’avais fermé les yeux sur les visées plus consensuelles de l’album. Il m’avait semblé légitime, après toutes ces années de carrière et les pépites déjà pressées par Dan Auerbach et Patrick Carney, qu’ils s’autorisent un peu de légèreté pour enfin toucher un plus large public (et le pactole qui va avec). Et puis, l’esprit était encore là. Des guitares bien crayeuses et une voix granuleuse soutenues par une rythmique infaillible et vrombissante.

Avec Turn Blue, les Black Keys ont définitivement tourné la page du blues et du rock.

Turn Blue n’est pas un mauvais album, c’est sans doute même un bon album, mais de pop music. Une musique qui ne fait que passer pour ne pas rester, perdue au milieu des immensités du flux numérique quotidien. Sitôt consommée, sitôt oubliée (« Fever« ).

Certes, l’album est truffé de trouvailles, arrangements, et autres harmonies vocales. Mais où sont les chansons, celles qui vous trottent dans la tête pendant toute la journée de bureau, ou la nuit quand vous n’arrivez pas à dormir ? Ou sont les riffs saignants qui vous hérissent le poil des bras en trois accords ?

Et puis qui chante sur cet album (notamment sur « Bullet in the Brain« ) ? Danger Mouse a pris l’affreuse manie de synthétiser les voix au point de les rendre méconnaissables. J’avais déjà regretté la « synthétisation » de la voix de James Mercer (leader des Shins) sur After the Disco de Broken Bells. Cette fois-ci, le producteur génial en fait décidément trop et la potion est écœurante.

Seule étoile dans la nuit : « It’s Up to You Now« , une rythmique martiale, une ambiance psyché, des riffs hendrixien, de bons breaks, ce morceau sauve sans doute l’album.

Nul doute que les Black Keys vont se gaver de bons dollars, de stades remplis et de prime-time. Mais je crois que ce sera sans moi. J’avais pourtant été prévenu, avec Turn Blue, je risquais d’attraper le cafard.

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