Breton – La Cigale (06/03/2014) (Invité)


BRETON_3

Par Dominique Grass, invité du Bazar

La beauté sera convulsive ou ne sera pas, disait André. Breton est en concert à La Cigale ce soir de mars 2014. « Est-ce que tu veux prendre ça pour leur faire une surprise ? Cool ! Surtout lis bien les instructions, merci ! ». Quand j’entre, une jeune fille (Camille ?) m’offre un ballon rouge à gonfler au moment du rappel, « pour féliciter et remercier nos cinq charmants londoniens pour la folie qu’ils créent et partagent avec nous ». Camille redouble de conseils en franglais. Elle m’encourage à crier, à chanter et à Bootyshaker. Elle m’enjoint d’empoigner mon Smartphone pour filmer cet instant.

Dans cette jeune gérontocratie qu’est devenue la ville de Paris, un concert commence pendant le décrochage régional vers le journal télévisé de France 3 Île de France, pour que tout puisse être terminé avant le début de l’édition du soir. En pleine heure de pointe,  Samba de la Muerte, le groupe en première partie, doit se contenter d’une salle à moitié vide et convaincue. Ils frappent machinalement sur des fûts et filtrent leurs voix qui n’ont pas encore mué dans une nuée électro-psychédélique. Samba de la Muerte doit peut-être s’entendre comme mort de la samba. Ce n’est pas avec eux qu’on peut préparer une coupe du monde au Brésil. Je me laisse facilement distraire par un ami qui a le regard aimanté par une femme au balcon. Avec robe, ceinturon, cheveux lissés avec frange, sans-doute Nail-art assorti au même ton : noir. « Tu as vu son collier ? Ankh, main de Fatma ? ». Cléopâtre semble s’ennuyer mortellement.

Les Grands-Bretons déboulent dans une salle acquise à l’entente cordiale. Dans leur squat-laboratoire aujourd’hui fermé, ils envisageaient la musique comme une branche d’expression artistique parmi d’autres. Il n’est pas étonnant donc que « Got Well Soon » soit synchronisé avec en visuel l’intro du clip éponyme, boucle sur un type se dissimulant sous un passe-montagne. Le Subcommandante de Breton, Roman Rappak, apparaît visage découvert et arborant un tee-shirt Love-symbol, ce qu’approuve manifestement une bonne partie du public, de Camille à Cléopâtre. Pourtant, le petit Prince attaque timidement, voix hésitante. C’est à partir des stridences de « Edward the Confessor » que le groupe commence à prendre ses aises. Ils tombent les Hoodies. Roman montre qu’il maîtrise le franglais comme Camille. Précédé d’une réputation de machine à sueur en concert, Breton continue d’enchaîner ses morceaux au potentiel scénique évident. Pourtant, la sueur générée ressemble plus à celle d’une salle de sport climatisée qu’à une course poursuite contre la police. Le show est efficace, millimétré, réglé pour ne pas trébucher ni déclencher de tumulte. Au balcon, sans surprise, Cléopâtre ondine.

Je saisis l’occasion du début apaisé de « Closed Category » pour me rafraîchir et me rapprocher de la scène. Survient inévitablement « Envy », moment pivot où les fans de proximité se lancent dans ce que leurs aînés auraient appelé un pseudo-pogo. On se bouscule. Mais il n’est pas question de teinter son dernier tatouage tribal d’un souvenir bleu, ni de faire un crochet au service des urgences. L’acmé de la candeur est atteinte au début de « National Grid », quand Roman s’adresse ainsi à son public : « Et si je saute, vous me rattraperez ? ». « Ouiiiiiiiii !!! ». Non ! On ne demande pas avant de plonger. On doit sentir qu’on peut embrasser sans solliciter une autorisation explicite. Et toi Cléopâtre, veux-tu aussi être certaine d’être aimée avant d’aimer ? L’Egyptienne a disparu.

Pour colorer « Search Party », Breton finit par faire tomber sur son public une pluie de tubes phosphorescents en plastique, comme ceux des fêtes nationales des années 80. Ils documentent le concert pour eux-mêmes ou pour leurs fans des premiers rangs, en (se) filmant avec des téléphones portables. « 15 minutes » vient conclure un set avec une puissance sonore qui s’emballe et dévisse enfin, tardif éclair électrique au bout d’un divertissement pour Teenagers hyper-connectés, heureux de vivre pour Live-tweeter et vice versa. Les ballons rouges et blancs de Camille se gonflent, virevoltent, volent et éclatent sur « S4 ». Roman et ses potes concluent poliment leur rappel avec « December », avant l’amende pour tapage nocturne, en égrenant un compte à rebours qui évoque ces minutes hétérodoxes de plus de soixante secondes s’écoulant sur les quais du métro parisien. Camille prépare la vidéo virale commémorative. Cléopâtre s’est enfuie en rêve. La beauté convulsive qu’on prête à Breton est une promesse déçue.

Un commentaire

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