Damien Jurado – Café de la Danse (02/03/2014)


Damien-Jurado-LIveLorsque Courtney Marie Andrews quittait la scène, il ne restait qu’une chaise vide. Un modèle Kaustby de chez Ikea. J’avais trouvé l’image saisissante.

La petite fille de l’Arizona, depuis ses débuts en 2008 avec Urban Myths, avait bien changé. Du haut de ses 23 ans et de ses quatre albums, elle tournait avec Damien Jurado et assurait la première partie de son concert. Voilà deux semaines qu’ils avaient pris la route. Ils avaient leur rituel, l’une s’effaçait lorsque le second fuyait le trac en loge avant de s’immiscer sur scène tout à fait discrètement. Un passage de témoin dans les silences et entre les obscurités. Et entre-temps, la chaise restait vide. Ils avaient trouvé l’image saisissante.

Les deux compères s’étaient rencontrés à Seattle. Tous deux pratiquaient le Folk à l’état brut, cajolant des mélodies suffisantes de leur arpèges délicats. Dans ces petits bouts du Nord-Ouest américain, il y a comme des persistances musicales, définitivement éloignées du temps qui court, des petits bouts d’éternité, délavées dès leur éclosion, qu’on s’imagine et que l’on flambe par les extrémités depuis Woody Guthrie et à mesure que le grès des vies s’effrite, on rentre dans le dur, le bois centenaire, celui des années impies, de Johnny cash à Neil Young, en passant par Bob Dylan jusqu’à, plus récemment, Eliott Smith.

Jurado_Portrait

Le bois de la chaise est certainement de mauvaise qualité. Il s’y installe très précautionneusement, sweat à capuche sur les épaules, chaussures de sport au pied, à proximité desquels, une simple pédale de réverb. et sa guitare qu’il utilise comme un bouclier, presque renfermé sur lui. Damien est seul. Sans artifices, ni musiciens. Une mise en scène minimaliste presque abstrait pour un monologue Folk. En face de lui, une cour d’école, un parterre endimanché (du soir) qui se rend à la messe Folk de Damien Jurado.

Ce soir, c’est un peu l’épître d’un prophète de l’ombre, méconnu, aux phrasés délicieux et incantatoires. L’anti- Pete Doherty, un cul-terreux qui regarde fièrement la starlette, le Bobby dans les yeux et lui fait la leçon en deux temps, trois glissés à la guitare. Il a une voix ronde, à peine altérée, une douceur qui a goûté au rugueux de l’existence.

Nul besoin de retracer la setlist, il y a des purs moments de magie comme sur la gracieuse « Jericho Road« . Le mec vous met à genoux. Des purs moments de douceur acoustique avec la joyeuse « Silver Donna« , converti au verbe Dylanien comme sur « Silver Joy » ou au groove invisible « Silver Timothy« .

Avant de reprendre de volée un des ces couillons qui ne trouvent rien d’autre de mieux à faire que de parler pendant les concerts (« you’re whispering very loud guy! Thank you so much for coming tonight, much appreciated… »), Damien explique la gémellité de ces deux derniers albums Maraqopa & Brothers and Sisters of The Eternal Son, deux albums, aux dates rapprochées, d’une beauté incroyable, aux arrangements Electric que pourtant ils délaissent ce soir au profit de l’acoustique.

Il entonne « Magic Number« , une suite de mots au toucher apaisant, un psaume au Folk que souffle les vents du Midwest américain. La vérité intraitable du terrain Mec. Le beau parleur a fui.

Damien Jurado, en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio et à lire sur La 25ème Heure du Bazar Maraqopa

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