Mondkopf – Hadès


 https://i2.wp.com/www.beyeah.net/wp-content/uploads/mondkopf1.jpg« Quand les trois fils de Kronos se partagèrent au sort l’empire de l’Univers, Hadès se vit attribuer le monde souterrain, le Tartare, ou les Enfers, et devint ainsi le « Seigneur des morts », tandis que Zeus recevait le ciel et Poséidon la mer. (…) Assisté de démons et de génies multiples (…), il ne permet à aucun de ses sujets, misérables ombres, de revenir parmi les vivants ». Robert Davreu (1944-2013).

Personne ne sortira donc d’ici vivant… Nous sommes prévenus. Entamons donc un périple à l’aveugle, sans chercher à savoir qui est le sombre auteur de ce Tellus Mortuus. Nous savons juste que son travail a longtemps pourri la vie de son voisinage, comme il rendra ici impossible, le temps d’une première écoute, celle de ma voisine grabataire. Nous savons aussi que le vrai nom de l’auteur, Paul Régimbeau, évoque étrangement le verbe « regimber », qui apparaît dans la Bible (Epîtres de Saint Paul) pour évoquer la rébellion contre l’autorité divine. Tiens, tiens…

Écrire sur la musique de Mondkopf revient à faire face aux mêmes difficultés que nous avions rencontrées en entreprenant, deux mois plus tôt, de cerner celle de son acolyte Somaticae (pour lire sa chronique, suivez le passeur). C’est même presque une gageure tant nous avions pris l’habitude, jusque là, de chercher à comprendre le Rock avant tout, c’est à dire bien davantage que les musiques électroniques, habituellement démunies de guitares acérées et de paroliers dignes de ce nom. Pourtant, à une année d’intervalle Mondkopf et Somaticae ont réussi le tour de force de produire une musique farcie de puissance, de rugosité, de moiteur et de peurs, une musique aux confins de l’Indus et n’ayant rien à envier au Classique, au Rock ni au Blues. Elle en est d’ailleurs constamment habitée.

De la même manière qu’un opéra allemand de Wagner ou que le divin Mekanïk Destruktïw Kommandöh de Christian Vander, ou de manière identique aux requiems gothiques de Mozart ou Fauré, la symphonie épique et monumentale créée par Mondkopf nous transporte aux frontières de la réalité la plus cruelle et de l’imaginaire le plus crasse. Elle nous raconte une histoire qui, comme chez Goethe ou encore chez Hugo, si l’on en juge par son titre et par sa tonalité, décrit le triple combat de l’homme contre le divin (ici, les forces de la trinité évoquée plus haut), contre la nature (les forces telluriques des Enfers, du Ciel et de la Mer) et contre ses semblables (la force de ses propres frères). Hadès est donc bien une œuvre à la fois métaphysique, poétique et éminemment politique, et c’est aussi pour cette raison une œuvre éternelle, pas seulement digne des pistes de danse.

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Vous comprendrez aussi que la majesté de ce disque réside avant tout dans sa construction en différents mouvements, en chapitres sombres débutant bien entendu aux pieds de l’imposante entrée des Enfers. C’est le rôle tenu par « Hadès I », témoignant à la fois, au milieu des trompettes, de l’explosion de volcans souterrains dont la présence nous était déjà suggérée par l’image des montagnes sur la pochette et des infatigables mécaniques de la forge infernale. Ces rouages s’amplifient d’ailleurs très vite grâce aux rythmes martelés sur les plaintes d’« Eternal Dust », avant de sombrer au cœur des battements purulents de la Jungle spasmodique de «Cause & Cure».

Avec ses rythmes imprévisibles, « Immolate » vient ensuite nous dévorer les chairs à petit feu, puis laisse finalement place à l’illusion d’un peu de rédemption, pourtant promise par le final de la face A, « Here Come The Whispers ». Un morceau par ailleurs tout à fait comparable au sublime « Warszawa » de David Bowie.

Est-il bien nécessaire de vous ouvrir maintenant aux délices sadiques et merveilleux de la seconde face ?… Oh non, ce serait tout dévoiler et je préfère encore vous abandonner aux risques inhérents à toute découverte. De mon côté, le temps d’une nouvelle écoute et ma demeure sera finalement changée en ce sinistre mais savoureux Royaume des morts, d’où il est souvent difficile de vouloir revenir afin de reprendre le cours d’une existence normale.

Mondkopf – Hadès  (In Paradisium) en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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