Anna Calvi – Le Trianon (15/02/2014)


Anna Calvi_Live_C

Crédits photos : Snorri / Site : http://snorriman.com/?p=1515

Une beauté froide, langoureuse. Stricte et sensuelle. Un tailleur mauve assombri, une légèreté un rien garçonne et le regard parfois démuni, presque et faussement désemparé. Car il y a du caractère chez cette femme-là. Une tempête glacée, qui se cache, se contraint. Elle a beau joué les ombres, le « théâtre » du Trianon se met en lumière pour la visiteuse du soir. Un halo se projette au contact de sa Telecaster et les projecteurs fondent sur cette poupée de cire élégante. Anna Calvi, comme un fantôme mêlé de Kate Bush et P.J. Harvey, croisé à la langueur délicieuse de Maïwenn (Jean-Gui. le physionomiste a encore frappé!).

Avant qu’elle n’entame son concert, je me remémore ses deux premiers albums (Anna Calvi – 2011 / One Breath – 2013 – Domino Recordings) et ce qui me frappe le plus directement chez la jeune londonienne, c’est cette capacité à créer un espace intemporel, inconnu, où les voix peuplent le vide, où les objets, les fulgurances de la vie quotidienne n’ont pas cours. Il y a comme une forme de conservatisme, de classicisme militant dans sa musique, probablement hérité de sa formation musicale (elle a obtenu un Bachelor of Arts In Music en 2003, présenté au violon) et de ses influences assumées (Messiaen, Debussy, Ravel entre autres…). Une noblesse dans l’écriture, une esthète des harmonies et des sentiments qui cachent un caractère ordonné et entier. Une vénus qui joue les Pop-singers, qui aurait troqué la harpe contre une Fender que parcourt l’énergie électrique du XXème siècle.

Sans plus de présentation, Anna Calvi attaque sur un de ces morceaux les plus grandiloquents (« Suzanne and I« ). Sa voix est stupéfiante, c’est une sérénité à la tessiture basse, une explosion à la chaleur réconfortante. « Eliza » suit. Morceaux jumeaux, qui font la part belle à des refrains chorals, qui prennent la forme (rythmique) de chevauchées entraînantes. « Sing To Me » est une confession susurrée au grain passéiste. Les arrangements live sont proches de ceux de l’album et le résultat est d’une clarté absolue. Un des sommets du concert. Le contre-chant, éloigné, installe un climat d’inquiétude et de noirceur, tableau épique d’une veuve éplorée, d’une mère blessée, comme l’incarnation d’une figure universelle de la désolation.

Les guitares brisées et le xylophone agité de « Suddenly » me ramènent un peu sur terre, mais me font inexorablement penser à Lift To Experience. La maîtrise d’un son clair, comme des brisures de verre, émiettements de notes à la beauté envoûtante. « Cry » lui succède, où Anna se la joue un peu plus sensuelle dans un univers un peu plus Pop (la basse électrique en double croche aidant).

Anna Calvi_Live

5 morceaux à peine dans ce concert et Anna décide de faire étalage de tout son talent de composition. L’enchaînement « Riders To The Sea » / « First We Kiss » va définitivement embarquer le public dans une autre dimension. La première est une introduction de moins de 3 minutes au cours de laquelle sa guitare louvoie, grimace et s’épanche par vagues successives dans un vague-à-l’âme flamenco, versant amoureux des « Woodstock Improvisations » de Jimi Hendrix. A la suite, « First We Kiss« , triomphe avec ses choeurs en clôture dans une envolée pop-orchestrée à la dictée délicate. Sa voix par instant se confond avec celle de Sharon Van Etten.

Maîtresse des rôles et de ses humeurs, lorsque la dame sent qu’elle suffoque, que le corset d’une musique classieuse la serre de trop près, elle vire dans la furie Rock avec « Love of My Life » qui évoque sans détours P.J. Harvey (éqoque Dry). De sa guitare, elle fait naître des orages électriques qui frappent dans les refrains.

Mais la « petite » sait aussi enfiler le costume des grandes figures du Rock Us, à l’instar de cette reprise fétiche « Fire » de Bruce Springsteen, où sa voix rauque à l’entrée des couplets se repositionne en quelques temps à la hauteur du délice. Sacrée technique tout simplement. Elle reprendra un peu plus tard dans la soirée à l’occasion d’un Solo Show dans le foyer du Trianon « Joan of Arc » de Leonard Cohen. Personnellement, j’ai l’espoir un peu fou de la voir reprendre un jour « All Along The Watchtower » (façon Jimi Hendrix).

Un coup de triangle, il est de temps d’écouter cette balade bluesy électrisante qu’est « Love Won’t Be Leaving« . Ces quelques gimmicks à la guitare font penser à du Chris Isaak, avant que l’accordéon (joué à plat, ça s’appelle comment?) n’emplisse la salle de ses sobres ritournelles. Mais le feu couve… « my desire’s so strong » répète t’elle. Il bruisse, bruisse ce désir, et soudainement la diva fend l’armure et brusque les sons et les émotions. Sa guitare se brise et exulte dans un déchaînement furieux. Moments de frayeur et de beauté, un coup de Trafalgar de la londonienne, insidieuse et envoûtée. Un dernier refrain et le triangle sonne la fin du mauvais temps. On retrouve des rivages plus cléments à l’occasion de son rappel avec notamment la très frenchy « Jezebel« .

Nous on aura le temps d’aller se glisser parmi les quelques curieux, une demi-heure plus tard lorsqu’elle entamera une performance solo dans les salons du Trianon. Outre « Joan of Arc« , elle nous livrera un « Baby It’s You«  des plus intimistes. Finir en petit comité et laisser sa voix s’éloigner progressivement jusqu’à ne plus l’entendre que dans nos têtes.

Anna Calvi en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Et merci à Céline pour les invitations!

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