Angel Olsen – Burn Your Fire For No Witness


Angel Olsen

Sans surprise, le dernier album d’Angel Olsen fait partie des disques les plus attendus de ce début d’année. A son sujet, les superlatifs et les comparaisons flatteuses ne font l’objet d’aucune économie de la part des rares privilégiés qui, comme nous, on eu la chance de pouvoir découvrir Burn Your Fire For No Witness avant sa date de sortie officielle, prévue le 18 février prochain (chez Jagjaguwar).

Mais avant d’écrire inévitablement les mêmes mots qu’on lira bientôt un peu partout, puisqu’elle fera certainement l’unanimité dans la presse, présentons la demoiselle à ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de la croiser. Les informations demeurent encore assez rares sur cette enfant adoptée à l’âge de trois ans et chez qui, manque l’image de la mère, mais on sait pourtant qu’elle a fait ses classes avec Will Oldham au sein notamment des éphémères The Babblers, qu’elle a enregistré une reprise de « My Dreams Have Withered and Died » avec Marissa Nadler, composé ses premières chanson à Saint-Louis, Missouri, avant d’enregistrer un premier disque déjà parfaitement maîtrisé (Half Way Home, plus d’infos par là >>>) et d’aller s’établir à Chicago, où elle a travaillé comme serveuse dans un café. On sait également que, à peine caché par sa frange, son regard félin n’en laissera pas beaucoup indifférents.

Affranchie de ces mentors, Angel Olsen a cette fois-ci fait le choix de laisser John Congleton, disciple de Steve Albini (ingénieur du son attitré d’Oldham), membre de The Paper Chase, producteur d’Explosion in the Sky, Clinic, The Walkmen ou encore The Black Angels (excusez du peu!) conduire les enregistrements d’un album qui fera certainement date dans l’histoire de la Folk lo-fi et du Rock indé aux contours « vintages ».

 

J’écris sciemment « conduire », sachant tout de même qu’en studio Angel Olsen traîne déjà la réputation de très bien savoir ce qu’elle veut en termes de musique et de protéger ses compositions comme elle préserverait jalousement ses propres enfants. La liberté avec laquelle elle chantait déjà sur son premier disque, par endroits très « hazlewoodien », nous avait d’ailleurs déjà permis de le deviner.

Alors, si j’étais son manager, si je cherchais à vanter les mérites de la jeune américaine, j’invoquerais de suite les figures tutélaires de Vashti Bunyan, Hope Sandoval, Mariee Sioux (assez flagrant sur « UnfucktheWorld ») ou encore Joan Baez, pour décrire un chant habillant au mieux ses mélodies les plus lentes et les plus douces. Je dirais même, comme d’autres l’ont déjà écrit par ailleurs, qu’on jurerait entendre sur une merveille comme « White Fire » une musique de Leonard Cohen, surmontée d’une superbe voix de sirène. Une impression renforcée par l’écoute attentive du magnifique « Windows », placé en toute fin d’album pour offrir une impression d’éternité à nos oreilles forcément conquises. Prenez garde, car aujourd’hui je défie quiconque de pouvoir s’aventurer à penser l’inverse.

Par endroits, Angel Olsen se laisse aller à un romantisme (ou une fausse légèreté) des plus délicieux qui rappelle « Lonely Universe » (sur son premier album). Cette fois-ci, ce sont « Lights Out » et « Iota » qui provoquent une telle impression au moyen d’une voix des plus lascives et, comme le chanterait lui-même Nick Cave, grâce à six cordes qui feraient patiemment saigner nos âmes solitaires.

Mais Angel Olsen s’efforce en même temps de combattre les clichés de la chanteuse Folk abattue par la tristesse et pleurant sur ses médiators. Elle ne se contente pas de sombrer dans les tréfonds du genre, invoqué par la complainte, elle ne s’abandonne pas à la noirceur jusqu’à laisser s’éteindre la flamme vitale qui nous anime tous. Non, justement, elle la ravive avec une régularité sans faille à l’aide de morceaux rageurs qui, pour le coup, rappellent la gouaille de Shannon Wright, l’ambiguïté de Chelsea Wolfe ou encore, la rigueur de PJ Harvey et la folie de Kristin Hersh à l’époque des Throwing Muses. Autant dire, en somme, que la palette des possibles qu’empruntent ses cordes vocales est des plus étendues.

A notre plus grand bonheur, car le principe du contraste, qui sert de fil rouge à ce disque permet de mieux mettre en valeur chacune de ses composantes. La mélancolie est mise en avant par la présence immédiate de la rage, qui se distingue elle-même lorsque surgit la révolte contre soi. Non, Olsen ne se cantonne pas au sentiment de tristesse ; elle entend bien nous pousser à nous élever contre notre inaction manifeste, à défendre notre fierté contre la défaite.

Son écoute interdit donc de se laisser aller, et accorde à nos sens et à notre esprit l’opportunité de grandir comme l’entendait Saint-Exupery, c’est à dire en embrassant notre douleur, pas en la faisant autre par la fuite en avant. Si l’on n’a pas manqué, pour se rassurer, d’évoquer toutes ces références, il n’en reste pas moins que Burn Your Fire For No Witness est, pour elle comme pour nous, l’album de la maturité et de l’indépendance.

Un commentaire

  1. Ping : Angel Olsen / Emily Jane White / Eleni Mandell – Divan du Monde (26/03/2014) | Le Bazar

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