Fauve – Vieux Frères – Partie 1


Fauve - Vieux Frères

Fauve est de retour ou disons qu’ils sonnent à nouveau la charge. Sans empressement, mais avec la forme de l’urgence qui les caractérise. L’envie, sans doute, d’en découdre et de faire taire les mauvaises langues. Alors je l’ai écouté ce Vieux Frère, encore et encore, et très rapidement ce sont des mots qui me sont venus à l’esprit : L’évidence, c’était de s’intéresser à eux, bien plus qu’à la musique. Et de ce fait, ce n’est pas vraiment une chronique que je me suis mis à rédiger, mais plutôt quelque chose qui ressemblerait à une préface musicale, une projection infra dans l’univers de Fauve.

Vieux Frère? Grand frère, aîné, faux-frère, vieux pote, non, vieux frère, comme une nouvelle image que l’on tente d’imposer, celle d’un maître ancien, un visage creusé par la sagesse, « celui qui écoute« , qui tend encore un peu l’oreille à la douce mélopée, naïve, des jeunes loups. Le vieux frère serait un échappatoire, un compagnon de mauvaise route. Plutôt une image rassurante. Mais se rassurer de quoi?

Fauve c’est l’esprit d’Alfred de Musset en ce XXIe siècle, qui se retrouve à parodier ses propres peurs et inquiétudes, qui joue sa propre mort parce que c’est encore la meilleure manière qu’il a trouvée de l’intérioriser. Alors serait-ce un Dieu dépecé de ses attributs, qu’on se mettrait à tutoyer? Non. Il a beau dire dire « Tu », il sonne dans ces mots comme un « vous » déférent. Parce que Fauve c’est une drôle de famille.

Un père parti, ce vieux frère? Le frangin qui aurait cédé à la castagne et l’alcool, désormais repenti? Non, je dirais que le vieux frère paradoxalement a un sexe féminin. Il vous replonge dans la prime enfance, la première jeunesse, celle que l’âge n’altère pas. Le vieux frère c’est la branche à laquelle ils pourraient se rattacher, le lendemain, le prochain, le passant, l’enfoiré à 20.000 kilomètres de là, la pute black au pied de l’immeuble. Le vieux frère, c’est celui par lequel l’inattendu prend la forme de la spontanéité et du naturel, qu’on refoulait jusqu’ici. Le vieux frère, c’est l’envers de la proximité. Un ange-gardien, sans auréole ni ailes dans le dos, qui vous surprend. Les mots qui suivent l’apostrophe et le « pourtant » et c’est pour ces raisons qu’on le met au pluriel.

Merde, invoquer A. De Musset, mec, Lorenzaccio, Les Confessions d’un Enfant du Siècle. Qu’est ce qui te prend? Là, on se parle d’un groupe qu’un canular fameux a fait passer pour une classe de collège lancée dans un atelier d’écriture. Ouais, on a même vu un traducteur automatique se faire « Blizzard« . Fauve passé à la moulinette médiatique. c’est drôle. Fauve se fera débordé, c’est sûr. et Pourtant…

Fauve c’est l’incarnation magnifique d’un mec bringuebalant pas capable, pas aimable, ni louable, à qui il reste un joker. Un perdant qui finit toujours par se révolter, un cynique qui se prend à rêver, le voyou surpris, puis touché par la tendresse. Fauve a les défauts de la Jeunesse empêtrée et les fulgurances d’une âme introspective et empressée. « Jeunesse Talking Blues« . Hommage à Woody Guthrie, Bob Dylan? Va savoir, mais il y là dans ce texte militant, l’essence et le jeu des mots qui font le blues. Avant, on le chantait on le laissait retomber dans des aspirations lancinantes, aujourd’hui on le gueule, on le régurgite. L’empressement moderne sûrement. Et dans les silences, on écrit à son frère, (« Rag # »), ce sont comme de brèves interludes où le thème de « Blizzard » coule en arrière-plan.

Fauve peut prendre la forme d’une ritournelle au violon, comme l’écho classique de l’ascension, de la réussite et de la déchéance de Lord Barry Lyndon, mais pas de remords à la fin de l’histoire ici (« Voyous » avec le sample du Piano trio No2 in E-flat, D.929, Op. 100 de F.Schubert) . Ce sont des voix impies, à la couleur un peu rauque, constamment embrasées, puissantes, puis la douceur d’une timidité, de l’irrévérence perdueEl Tigre, le « Requin-Tigre » planté dans le costume d’un candide démuni, qui « aurait tout vu, tout entendu » mais choisirait la voie de la rédemption, qui pisse sur la fatalité en attendant. La nonchalance d’un loubard transformé, détourné, dans la Révolte (mettons une Majuscule) anxieuse d’un trentenaire qui comprend avec retard, à la maturité tardive. La révolte ne serait pas le fruit pourri de la sagesse que l’on vous force à bouffer. Faut en souper, en souper, l’avaler par le fond des choses.

A lire : la chronique de leur concert à NordikImpakt en novembre dernier >>>

FauveVieux Frères (Partie 1) est en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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