D.A.F. et Moodoïd – Gaîté Lyrique (23/01/2014)


Au café du coin, j’ai commencé par avoir peur. A peine fini de dîner et de boire une bière qu’une troupe de hipsters assumés (barbiches, lunettes écran-large vintage et slims de rigueur…) est entrée boire des Suze au comptoir. Ils ne devaient pas venir voir D.A.F., pas possible. Ça manquait de cuir, de clous dans la langue ou les oreilles, de cheveux en brosse. En fait, ça manquait de noirceur, chez ces Fashion victimes.

Assurément, ces gars-là se préparaient à aller voir Moodoid, un jeune groupe Pop parisien découvert grâce aux Inrocks Lab et faisant encore débat, même s’il a de l’avenir. Un avenir tout tracé, puisqu’ils ont déjà su adopter, depuis la sortie de leur premier EP Je suis la montagne, une esthétique propre : costumes à la fois très élégants et outrageusement Glitter, maquillage à paillettes sur la moitié du visage, déhanchés à la Presley du chanteur-guitariste, dont le père est d’ailleurs un jazzman bien établi, froideur apparente des trois Naïades qui l’accompagnent sur scène, scénographie Fifties et jeux de lumières impeccables. Et j’ajouterais, dans le civil, des clips à gros budgets.

Moodoid

Quant à leur musique, elle parvient à faire le pont entre le psychédélisme des Pink Floyd et le tribalisme des meilleures musiques du monde. Dans la fosse, face au carnaval Krishna acidulé d’un titre comme « De folie pure » (clip par ici), la faune hésite : faut-il danser ou bien tirer une tronche « DAFienne » à cause de la voix plus qu’androgyne du chanteur ? Nous, nous avons fait un choix assez rapidement et commencé à bouger un bras, puis l’autre, puis par poser nos affaires et nos verres vides à terre pour entamer une danse du ventre en remuant nos vielles guibolles harassées par une dure journée de labeur (notons au passage que le concert a débuté très tard). Tant pis si le chant super aigu du seul mec de la troupe nous indispose, voire nous énerve, la musique est maîtrisée à merveille et l’on est fier de savoir qu’un groupe français de plus est capable de jouer comme ça, c’est à dire de manière décomplexée, avec un son bien Sixties et, putain, une sacrée énergie. Un peu comme La Femme, c’est à dire comme cette nouvelle génération frenchy qui ne se sent ni obligée de faire de la musique neurasthénique à voix grave et inaudible, ni de chanter en anglais pour dépasser nos frontières par pure vanité. Au passage, un titre comme « La chanson du ciel de diamants » ravira les fans de Rockprog et de Krautrock.

 

 

Après le confort du sucre, le froid du métal. Une pause méritée au fumoir (dehors, en fait) et au bar (sublime) nous fait arriver, mon crew et moi-même, avec un peu de retard pour voir Deutsch-Amerikanische Freundschaft (D.A.F.). Cette fois-ci, les hipsters ont quelque peu disparu pour laisser la place aux punks, à quelques vieux punks également, ainsi qu’à une ribambelle de types aux tee-shirts ou blousons de cuir auréolés du sigle D.A.F. La mode change, on vous dit. En 2014, D.A.F. se résume aux deux membres fondateurs, à savoir Gabi Delgado-Lopez et Robert Görl. Le premier tient le micro et fait des singeries, tandis que le second lance les boucles Electro depuis une machine bien planquée, avant de frapper les fûts de sa batterie, les oreilles prises en tenaille par un casque gigantesque. Derrière eux, une simple image du nom du groupe, sobrement typographié, est projetée en blanc sur le fond de la salle plongée dans le noir. Les jeux de lumières sont sobres mais efficaces, comme l’ensemble du concert. A quelques détails près.

Après un titre que je n’arrive pas à identifier, le groupe sort l’artillerie lourde avec un « Der Mussolini » magistral et un « Ich Will » monumental (à écouter par ici). A la Gaîté lyrique, le son est plutôt bon, même s’il manque un peu de puissance pour restituer la violence de ces morceaux, mais ça tabasse quand même. C’est bon et à la fois émouvant de pouvoir assister au concert d’un groupe que l’on adule sans honte.

DAF

Et puis, tout à coup, c’est le creux. D.A.F., qui n’a pas forcément très envie de proposer les morceaux de son album à paraître l’an prochain, s’englue en jouant plusieurs titres de son album sorti en 1986, beaucoup plus New-wave et donc moins dark que les morceaux de Alles ist gut et Gold und liebe. Nous traversons donc vingt minutes d’un ennui relatif, à contempler avec amusement Delgado-Lopez se balancer de l’eau sur la tête (mais qui donc lui apporte en secret la quinzaine de bouteilles qui vont lui mouiller la chemise?!) ou courir de long en large, et à nous demander pourquoi il a l’air si effrontément happy, à dire inlassablement « danke schön » et à papoter bêtement entre chaque morceau, comme un Monsieur Loyal sous MDMA. On rit aussi au grotesque de son chant en français sur « Voulez-vous (ac)coucher avec moi », ce soir (extrait là). Un morceau un peu dissonant qui marque pourtant le retour du groupe vers des sonorités plus énergiques et plus denses, voire carrément chaotiques. On s’en réjouit et reposons très vite le veston pour, quasi instinctivement, balancer nos bras de droite à gauche et notre cerveau électrocuté de bas en haut, comme l’aurait fait Ian Curtis avec nous s’il avait encore été en vie.

 

Instinctivement. C’est le bon terme, je crois, pour décrire le mode d’action vers lequel D.A.F. est encore capable de pousser ses spectateurs. Le groupe allemand fait remonter les instincts en nous les plus primaires. La sueur envahit nos corps, le sang court à travers nos veines pour frapper nos tempes, nos pensées se font de plus en plus saccadées. Nous dansons, nous dansons encore et encore. « Der Sheriff », qui date de 2003, nous imprègne d’une techno plus classique et pour autant percutante. Puis « Sato Sato » vient tempérer nos hardeurs et nous ramène, quant à nous, vers nos bières. Le temps d’une pause sonore. Quelques tubes de plus (« Der Raüber Und Der Prinz ») et nous n’aurons pas le temps de remarquer l’absence, ce soir, du dark et néanmoins sublime « Prinzessin », le groupe terminant son deuxième rappel (un seul morceau à chaque fois, faut pas les brusquer…) avant de s’enfuir derrière le mur pour, cette fois, boire l’eau des bouteilles. Ce n’est donc certes pas au meilleur concert de notre vie que nous sommes allés hier soir, mais l’émotion de voir les membres perpétuels de D.A.F. l’a quand même largement emporté.

 

Retrouvez l’univers de D.A.F. et l’album culte Gold Und Liebe dans nos deux chroniques :

Part I : »Flügel Des Lust » ou l’Electro-rock déniaisé par D.A.F. >>>

Part II : Gold Und Liebe, l’album le plus martial et sensuel au monde >>>

 

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