Mogwai – Rave Tapes


Mogwai

MOGWAI…

Mogwai, c’est le genre de monument britannique, que le bon peuple Scott garde dans son cœur, qui fait la fierté de Glasgow au même titre que les Celtics et les Trossachs, le genre de précieux qu’on met sur la cheminée à côté du mug « Fuck The Queen« . Un totem musical, qu’on se passe à l’envie, à la rage,  placé dans la catégorie « tout sauf Pop anglaise ».

Mogwai, c’est le genre de groupes qui a traversé les années sans ombrages ni accidents de parcours. Impossible de les détrôner. Impossible de leur couper la tête. Impossible de leur enlever ce ferment d’humour noir authentiquement britannique :  « I’m Jim Morrison, I’m Dead« , « Kids Will Be Skeletons« , »I Love You, I’m Going To Blow Up Your School » ou encore « George Square Thatcher Death Party » (celle là même qui semble avoir donné naissance à une célébration « joyeuse » de la disparition de Margaret Thatcher à Glasgow – plus d’infos par là >>> et un article du Dailyrecord >>>).

On ne refait pas l’Histoire, mais voilà Mogwai sans être directement politique, cultive cette distance nécessaire aux choses de l’industrie musicale et du politiquement correct. Appelez cela de l’authenticité, matinée d’une douce absurdité, qu’importe! Les jean-foutre passeront leur chemin et tanpis pour eux.

Mogwai enquille et n’en fait pas grand cas. Hardcore Will Never Die, But You Will (Rock Action Records/Pias – 2011 – dont la chronique est à lire sur Le Bazar), le dernier album en date est paru il y a trois ans. Entre-temps, ils signent la bande originale de la série Les Revenants (Rock Action Records – 2013). Bref nos petits Gremlins ne chôment pas. Métronomes, ils nous pondent un nouveau chapitre de leur odyssée musicale tous les trois ans, sans jamais qu’on ne trouve rien à leur redire (je suis prêt au débat, je fourbies mes arguments…).

Mogwai_Rave_Tapes

Ecartons tout suspense Rave Tapes est clairement à la hauteur des attentes. Les cinq de Glasgow nous ont concocté dans leur Castle Of Doom studio, une petite merveille de « Post-Rock Mogwaien » jouant des contrastes, osant encore quelques figures inédites, prouvant par la même que l’envie est toujours bien là. J’éviterais de parler de renaissance, ni de renouvellement. La question n’est plus là. Ils maintiennent cette ligne de conduite, attitudes et inspirations convaincantes, parfois surprenantes. Avec ce trait mélancolique inimitable, liant charnel et apaisant ; qualificatifs détonants lorsqu’on parle des compositions pesantes d’un groupe comme Mogwai et pourtant…

« Heard About You Last Night » vous invite à cet enchaînement contemplatif au travers de guitares réglées et lumineuses. Encore une fois on ne cessera de louer de travail d’orfèvre que mènent  Barry Burns au clavier et Dominic Aitchison à la basse en arrière-plan. On reste sur une imagerie assez proche de ce qu’ils ont pu faire pour Les Revenants mais là on se frotte à une embardée bien peu plus engageante. A la suite de cela, « Simon Ferocious » dénote immédiatement par ce timbre « gris » sonore, quelque chose comme une coulée électrique auto-alimentée.

On enchaîne sur le premier single « Remurdered » dont les premières notes installent un climat inquiétant. Aucun empressement toutefois, mais bien plutôt une tension, un rien malsaine, que le synthétiseur régénère en continu. Quelques bouffées électriques pour s’assurer de respirer. Cela avant que la boucle synthétique n’atteigne le grandiloquent et vous catapulte dans un Other Land instable et enfiévré. Là-haut, on se prend des rafales insidieuses annoncées par les rehaussements de la basse. Surtout, prendre le temps de redescendre.

« Hexon Bogon » renoue avec le Mogwai de Hardcore… Par bien des aspects, ce morceau me fait penser à « San Pedro« . On reste sur un format court, assez direct, mais cette fois l’entrée du morceau est immédiatement soufflée, lorsque la basse vibrante s’immisce dans le jeu mélodique. 2.36mn, je ne crois pas que Mogwai est jamais fait aussi rapide, mais le plaisir est inversement proportionnel au temps qui court. On brûle la mèche par les deux bouts pour une introspection fulgurante. « Repelish » figure une voix parlée, au ton très « documentaire », qui disserte en introduction sur les paroles de « Starway To Heaven » : morceau qui encore une fois fait la part belle aux guitares synchrones et renversées, dont la construction me fait penser à « Danphe And The Brain » ou des compositions plus anciennes époque Young Team.

On revient aux affaires courantes avec « Master Card« . De mon point de vue, un des sommets de l’album. Cette rythmique « aller-aller/aller-retour » à la guitare, terriblement Rock à Papa (du jamais vu chez Mogwai) se disperse à merveille jusqu’à ce riff coup de canon, qui emporte tout, similaire à celui de « Folk Death 95« .

« Deesh » est assez linéaire. Pas vraiment de cassure, ni d’emportement.  C’est une chose assez déroutante, elle se maintient, tourne sur elle-même sans jamais ennuyer. Le crescendo Mogwaien habituel est quelque peu nuancé ici, pour laisser place à une dérive progressive de couches superposées. Le jeu de Martin Bulloch à la batterie, plus tranchant qu’à l’accoutumée, parvient à donner du relief à un morceau qui deviendra très probablement (je mets un bifton sur la table) un classique de l’habillage sonore de sujets télévisés (Mogwai, champion toute catégorie de la chose, d’Envoyé Spécial à l’Effet Papillon en passant par le CFC et Stade 2…)

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Et puis vient le temps de la balade ou plutôt du « Blues Hour« . Les fans de la première heure y décèleront la jumelle audacieuse de « Cody« , 15 ans après. Le morceau est moins dépouillé que sa grande soeur d’âme. Et comme toujours, on se doit de chanter, c’est donc invariablement Stuart Braithwaite qui s’y colle, pour un morceau toute en rondeur sonique. Il y a même des couplets et des refrains et comble du comble, ça reste du Mogwai et ça regorge de douceur et de beauté.

« No Medines For Regrets » (les vérités sont toujours bonnes à rappeler) se construit autour d’une mélodie glissante et striée. Elle ne se cabre jamais, coule tout du long. C’est un parfait exemple de la capacité du groupe à offrir un rôle central au synthé de Barry Burns et de servir, par la puissance du son, un écrin à la mélancolie inaltérable.

Enfin, on s’engouffre (belle image pour le dernier morceau d’un album) dans une composition synthétique « The Lord Is Out Of Control » (à mater ci-après) : On ne se parle pas d’appauvrissement oh non! Car on retrouve ici la trace de nombre de leur précédents albums : Rock Action en premier lieu (« Sine Wave » ou « Two Rights Make One Wrong ») pour les voix vocodées et l’emploi des batteries électroniques déréglées et Happy Songs For Happy People (« Stop Coming To My House« ) pour la construction du morceau et son intensité. Définitivement ces gars savent bosser leur tracklisting (entre deux boutades dans les titres des morceaux tout de même).

Vous l’aurez compris, Mogwai fait du Mogwai et ça nous va très bien. De toute façon, ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, car ils ont posé les fondements d’une musique dont personne ne peut les déposséder et bien mal venu celui qui oserait les dénoncer pour trahison. J’en remettrais une couche en précisant que la couleur de cette musique n’a pas varié d’un pouce depuis Young Team et Ten Rapids. C’est le son qui s’est densifié et le cheminement qui en est devenu plus direct et instinctif. A vous de juger…

Raves Tapes est en écoute streaming sur le Spotify/Deezer/Soundcloud et le groupe se produira à l’Olympia le 3 février prochain.

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