Tindersticks – Across Six Leap Years (Invité)


Tindersticks_Across Six Leap Years

Par François Girodineau, invité du Bazar

En guise d’anniversaire, les Tindersticks ont choisi de repêcher quelques titres de leur « catalogue » pour en faire de nouveaux enregistrements. Des fois que la première version n’aurait pas été assez bonne. Comme si ces gars là pouvaient se tromper… Et puis à quoi bon, puisqu’il leur aurait suffi de sortir un beau live pour ça. C’est en tout cas de cette manière que le label City Slang nous présente ce nouveau disque Across Six Leap Years qui ne se révèle être ni vraiment une compilation ni un nouvel album à proprement parler.

Saluons déjà ce premier tour de passe-passe : « nous formons un groupe depuis maintenant vingt ans, nous sommes donc des piliers du rock indé britannique, nous n’avons plus d’effort à faire pour nous renouveler et, chers amis, nous pouvons faire ce que nous voulons de notre générosité ». C’est à dire, ici, nous la couler douce, merci, on vient déjà de sortir deux nouveaux albums presque coup sur coup, alors… (le superbe The Something Rain date de l’an dernier seulement). Malgré cela, j’ai fait un choix, moi aussi, devant ce nouveau LP, lorsque j’étais chez mon disquaire : je l’ai acheté en leur faisant confiance. Comme toujours, finalement.

Malheureusement, à la première écoute, j’ai d’abord regretté ma décision. Au moins me suis-je réconforté en me rappelant la beauté de la pochette. Je trouvais cet album plat, trop lent, trop propre et très simple. Trop simple. Je n’observais pas non plus tant de différence que cela avec les morceaux originaux qu’ils ont choisi d’extraire ici, comme si le groupe se moquait de nous ou devenait sénile. Sans doute ai-je cru cela parce que leur dénominateur commun, la voix de Stuart Staple, est assez identique à l’originale, plus fine peut-être. On devine même le chanteur un peu espiègle, par endroits, lorsqu’il semble pousser le vice jusqu’à imiter le timbre qu’il avait à l’époque. Cette époque au cours de laquelle il picolait sans relâche avant les concerts. Et puis après aussi, c’est sûr!

Pourquoi, alors, reprendre les Tindersticks en jouant comme les Tindersticks? Au moins, Bonnie Prince Billy avait-il jadis trouvé la bonne formule de l’auto-tribute en demandant à ses fans de choisir plusieurs morceaux parmi ses anciens albums de la période Palace pour les retourner, les prendre à contre-pieds, véritablement les réinterpréter et pas juste les rejouer. J’étais donc déçu et ai vite rangé le 33 tours dans ma modeste discothèque avant d’y revenir, finalement, aujourd’hui. Jour férié, après-midi passé tranquillement à regarder des films et à lire. Or, pour la lecture, cet album-là est parfaitement indiqué. Cela aurait pu suffire, mais en fait non.

Tindersticks - pipes #1 mono - by Neil Fraser 2013

Car, depuis, c’était couru d’avance, il tourne en boucle sur la platine. Et me voilà à gratter sur mon clavier… Chaque passage au diamant permet d’en saisir de nouvelles singularités. Heureusement que cette fausse compilation n’est pas faite que pour lire au fond de son canapé. On y entend aussi bien des choses. Car, contrairement à ma première impression, Across Six Leap Years ne tombe pas si à plat.

Sans chercher à user de stéréotypes, je pense que sa subtilité nous berce sans nous endormir, elle nous caresse et rend ainsi son écoute plus sensuelle (« She’s Gone« , « Friday Night« ). Et puis, doucement, Staple commence à nous chuchoter des secrets à l’oreille. Et puis, encore, le groupe arrive et, dès avant la fin de la face A, il nous emporte avec un brin de tendresse pour divaguer, nous laisser chalouper, et pourquoi pas danser un peu (« Say Goodbye To The City » et « Sleepy Song« , qui résumerait parfaitement cette affaire…). Enfin, cet album sait nous faire redescendre sans regret après quelques moments intenses et presque explosifs, à l’image de « I Know That Loving« , vers davantage d’intimité (« What Are You Fighting for?« ). Parti d’une bouche proche de l’oreille, il a su nous faire lever, il est parvenu à nous captiver, avant de nous tendre les bras, puis d’une main légère nous déposer là où il nous avait trouvé. Malin, le groupe, il sait véritablement bien manier les passe-passes : ce n’est bien ni une compilation ni un tribute qu’on entend là, mais un « autre » album.

Le groupe nous a prêté pendant quelques minutes sa mélancolie et ses joies, sans être jamais nostalgique et il me semblerait mal poli que de vouloir refuser encore un joli moment de grâce. J’y replonge donc une nouvelle fois la tête la première.

Across Six Leap Years en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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