Festival Les inRocKs – La Cigale (09/11/2013)


London Grammar_BLes années 80 ne sont jamais aussi supportables que quelques années plus tard. Magie de l’Histoire. Finalement, avec le temps, Def Leppard, Annie Lenox et Cindy Lauper ont atteint la postérité grâce à leurs talents de précurseurs et ce génie capillaire commun, authentiquement Eighties.

Blague à part, Novembre 2013. Les Pop-stars d’hier attaquent une énième cure de désynthox et leurs rejetons, en bons héritiers, occupent le terrain. La nature et les radios grande écoute ont horreur du vide. Les jeunes pouces et fers de lance d’une musique sombre et éthérée se retrouvent au festival des InRocKs 2013, avec en tête d’affiche London Grammar. (NDLR : Quelques heures plus tard, la programmation de la soirée se révélera plus éclectique qu’elle n’y paraît a première vue, qu’on m’excuse de cette introduction facile).

On démarre avec Lucius(*). Trois hommes à moustache entourent deux femmes en robe de soirée, les 5 maniant l’art subtile de la symétrie figurative sur scène. Ils viennent de Brooklyn, forcément. Eh bien, plutôt un joli coup de coeur. Si leurs productions (en écoute sur Soundcloud) ne sont pas nécessairement au niveau, sur scène, on est agréablement surpris par des morceaux très inspirés Beatles (notamment toute la première partie du concert) puis  naviguant entre (la comparaison n’est pas de moi) Talking Heads (oui vous savez David Byrne, les années 80 quoi!) et Arcade Fire (pour leur côté on chante tous en choeur). Au petit jeu des comparaisons, on a le sentiment que d’un bout à l’autre se font face Tom Waits jeune (le batteur, côté court) à un  Robert De Niro lunatique (le guitariste, côté Jardin). Leur musique a ceci de chaleureux qu’elle fait la part belle aux percussions « Genevieve » (à noter le batteur qui joue uniquement sur deux tomes, à plat), à des ambiances changeantes « Turn it Around » (guitares cassantes très Rock, refrains Pop, du Bottleneck aiguisé, des introductions chant délurées). Allez un dernier nom : ça se rapprocherait un peu de St. Vincent dans l’esprit. Brooklyn, encore et toujours.

On enchaîne avec les chouchous du public London Grammar. On sait qu’on touche là à un petit phénomène, à un petit bout de bonne femme qui chante avec la maturité et l’émotion d’un autre âge que le sien. Hannah Reid crève l’écran, c’est une évidence. Depuis la sortie de leur EP Wasting my Young Years suivi de leur premier album If You Wait le groupe recueille les louanges et se fait doucettement une place en France dans un répertoire musical assez proche de Florence & The Machine, le glam et l’exubérance en moins. Le groupe exécute ses tubes avec justesse, agrémente le concert de reprise réussies (« Nightcall » de Kavinski, « Wicked Game » de Chris Isaak). Le jeu du guitariste, assez minimaliste, ressemble à du pur The XX, quant à l’usage des boîtes à rythme (bien que parcimonieux) il brise malheureusement un peu le charme du live. Quoi qu’il en soit « Stay Awake » ou « Wasting my Young Years » emportent instantanément le public et le jeune groupe s’est montré assez à l’aise pour leur premier concert en France. Un bémol toutefois : Dot Major, le claviériste et batteur, ne connaît que « eh les keufs et les meufs dans le RER… » du patrimoine Hip Hop français (tu comprends pas, ba fallait être là…) Pas rancunière, je suis sûr que la production sera lui offrir un petit IAM pour l’eurostar du retour.

Vous pouvez revoir leur concert au festival des InRocKs sur le site de CultureBox ou juste écouter leur clip « Wasting My Young Ears » :

Au tour de Jacco Gardner. Là, on est franchement pas fan. Non pas que sa musique ne soit pas entraînante, elle est plutôt ensoleillée et sent bon le Surf Rock, avec une surcouche psychédélique, mais, après deux concerts aux élans émotionnels un peu sérieux, on se prend une bonne dose de méthamphétamine out of date, pour un trip très artificiel, bien moins ambitieux que Tame Impala. Enfin tout n’est pas à jeter, le single « Clear The Air » avec son clavecin mielleux et son phrasé très Pink Floyd réveille un peu les troupes. Mais pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent. Ah oui, après un instant d’inattention, Jacco Gardner s’est révélé être un homme, un rien hermaphrodite.

Clap de fin avec Valerie June. Presque sosie de Rihanna (si si, un jour on reconnaîtra mes talents de physionomiste…), Dreadlocks soyeuses (si si ça existe), elle serait le versant blues/bluegrass d’Amanda Palmer avec une voix très nasillarde (un peu comme celle de Bianca « coco » Casady dans CocoRosie). Répertoire particulièrement Country Blues (elle vient de Memphis), agrémenté de trompette et de solos de guitare, une musique comme seul le terroir américain sait en produire. « Workin’ Woman Blues » fait mouche. Là où Jacco s’est cassé les dents, Valerie June réussit le coup parfait. Tordre le coup à toute cohérence en termes de programmation et renverser un public acquis à la cause London Grammar. On fleurte avec la Soul intemporelle lorsque le groupe entonne « Pushin’ Against A Stone« . Le régisseur, généreux en fin de soirée, accorde même un petit rappel à la Diva joyeuse. Il est encore un petit bout de territoire musical qu’on a pas encore complètement réussi à voler aux américains. On vous laisse la découvrir avec son dernier album Pushin’ Against A Stone et cette session acoustique.

Merci à CultureBox pour les invitations.

(*) : oui on a raté le premier groupe, sorti tout droit de ce néologisme marketing « Inrocks Lab ». On est désolé. En même temps si c’était pour se retrouver face à un avatar presque aussi mauvais que Young Michelin (voir notre chronique du festival Inrocks de 2010), on se dit qu’on a pas franchement loupé grand chose. Ro qu’il est méchant… 

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