Chelsea Wolfe + Russian Circles – Divan Du Monde (23/10/2013)


ChelseaWolfe_BLe label Sargent House joue les hôtes pour la soirée. Aucun mot de passe ce soir, billetterie hors-service. On fait renter les aficionados un par un, on raye nos noms sur une liste de papier et les portes d’un temple obscur s’entrouvrent. Mais cette fois-ci l’humeur n’est pas aux cotillons, exit les lustres, oubliées les moulures du Divan du Monde, bientôt un opéra lugubre pour seul accueil, un préambule mis en scène à la musique divinatoire de Chelsea Wolfe. Comme une sorte de thérapie du noir par le noir, une intensité langoureuse alliée, bien que distante, qu’on se garde au fond de soi.

L’américaine vient défendre son dernier album Pain Is Beauty (2013, Sargent House) en première partie de Russian Circles. Cette nouvelle production, avec aux manettes Ben Chisholm, se révèle bien plus électro que le précédent, Apokalypsis (2011, Sargent House toujours). Mais sur scène, le quatuor se met doucement en route et attaque avec quelque-uns des titres les plus oniriques (versant cauchemardesque du rêve), à l’image de « The Warden » ou encore « Feral Love« . Dans la première, on se retrouve sous tension lorsque retentissent ces baguettes métalliques (produit par le synthé), doublées d’une batterie instinctive ; on les entend alors égrener les secondes qui passent, qu’il faudrait comme nous y invite la prêtresse laisser mourir. « House of Metal » livre un peu de délicatesse au-travers de sa mélodie malheureuse ascendante.

Dans un univers parfois chaotique, le batteur fourmille d’idées incroyables et parvient, grâce à un jeu nuancé, à faire vivre des morceaux qui par endroits ont bien des difficultés à s’extirper d’une nuée plaintive. « We Hit a Wall » affiche une mélodie lumineuse, plus accrocheuse, qui permet au groupe, dans son ensemble, de prendre un peu de relief. C’est à ce moment précis que le groupe embraye sur les morceaux lourds du type « Tracks (Tall Bodies) » et cette lame de fond qui revient inexorablement, riff guitare implacable autour duquel s’enlace une mélodie extatique.

Morceau acoustique après rappel (à signaler par ailleurs son très bon, quoique qu’inégal, album acoustique Unknown Rooms : A Collections of Accoustic Songs, 2012 – Encore et toujours Sargent House), dernière saillie cérémoniale pour le groupe, « Pale on Pale«  et il est déjà temps de faire place à Russian Circles. Fan à n’en point douter, on croisera, nos bières à la main, Chelsea dans le public.

Russian Circles - Live

Au tour des activistes du cercle polaire, dont le nom, à la douce évocation soviétique, tempère (ou pas) avec la musique froide et réglée qu’ils produisent. Leur prochain album Memorial sort dans quelques jours (le 29/10 – Sargent House, jetez donc un coup d’oeil à cette sublime pochette) et dans le public, force est de constater que les fans se sont passés le mot et serrent désormais les rangs. Je me retrouve coincé entre un coreux quarantenaire un peu brut, shooteur compulsif, à la prise de vue méticuleuse et un métalleux tout bouclé tout en celtitude, un rien naïf, moitié-Hobbit, moitié Robert Plant.

Leur musique est un puissant meddley, cross-over de toutes les passions plus ou moins bruyantes : Métal, Black Métal, Post Rock, Progressif, Math Rock… C’est particulièrement technique (notamment côté batterie, chapeau Monsieur Dave Turncrantz), mais ça vire par endroit à l’exercice défouloir sans ce fil de cohérence nécessaire.  Je précise: lorsque la bande laisse se former les séquences sans empressement, ni imprudence, alors l’enchaînement devient particulièrement efficace. Je pense notamment à « Atackla » et  » Batu  » sur leur précédent album (Empros, Sargent House), reproduites sur scène avec intensité et leurs plages de silence et de lenteur sublimées, là où « Deficit » et « Mlàdek » pêchent par leur transition systématique, presque méthodique. Cette dernière me rappelle une mélodie de J.J. Goldman (si, si messieurs!) quelque chose comme « A nos actes manqués » dans sa version bruitiste.

Russian Circles - Live 3

Le concert dure une bonne heure et demi et en rappel, revoilà Chelsea Wolfe pour la somptueuse éponyme « Memorial ». Dans les travées, tout le monde ne le voit pas de cet oeil (un « Casse-toi connasse! » s’échappe de la fosse, ah cette tolérance réputée du public métal…!). L’américaine use avec parcimonie de sa voix plaintive et offre au groupe l’occasion d’une délectation de rock froid et aérien, dont la version studio n’est tout juste qu’un pâle reflet.

Chelsea Wolfe en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio/Bandcamp

Russian Circles en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio/Bandcamp

2 Commentaires

  1. Ping : Notre TOP Albums 2013, c’est dans les vieux pots… | Le Bazar

  2. Ping : Russian Circles – Guidance (2016) | Le Bazar

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