Rokia Traoré – Le Trianon (11/10/2013)


Rokia Traoré - Live

Qu’on évoque Rokia Traoré l’espace d’un instant et je ne cesserais de vous conter Mariama ; cet envoûtement sibyllin, comme une étreinte douce, quatre notes égrainées, qui coulent, descendent, s’effilochent et reviennent sans cesse. Un cours d’eau aussi précieuse que celle qu’on recueille dans les puits du pays Dogon (« Mariama« , issu de l’album Bowmboi, en écoute sur Youtube)

Rokia, qu’elle me permette de l’appeler ainsi, ne me paraît ni triste, ni enjouée ce soir. C’est une mince dame fière, digne, sans couleurs distinctives ou plutôt un nuancier d’émotions, soudainement éprise, embrasée par le feu où sa gaieté est couleur or, celle qui s’incruste, s’imprègne dans les bleus de sa mélancolie, compagne- à peu cher, de la solitude.

Le Trianon s’obscurcit et retentit le pas-à-pas vertueux de « Dounia« , nuée articulée, défait d’aspirations ou inspirations au contre-temps des silences, ces mouvements erratiques de l’aiguille d’une balance qui sous-pèse l’intensité des mots et des intentions. Trois couches épaisses sur le corps pour lutter contre l’hiver approchant, mais rien contre les frissons qui me parcourent le dos en cet instant.

Sa voix s’élance, se tend, atteint des accents de rugosité sincère, qui flottent dans la fumée sur scène où se dessinent, trônent quelque-uns des monstres, qu’abrite la mémoire de « l’Enfant Peul » du Mali, Amkoullel aka Amadou Hampâté Bâ (je voulais absolument le placer dans cette chronique, livre publié chez Actes Sud).

Dans le public, peu ou pas de Maliens. J’aurais juré qu’un concert de Rokia, c’était la grande messe de la communauté malienne de Paris, Montreuil et alentours. Mais les Maliens, depuis la crise politique et la guerre, on peut être d’autres choses à faire et à penser. Rokia était sur le front médiatique par ailleurs (lire notamment son interview dans Slate). Elle a beau chanter dans une des langues maliennes, le Bambara, sans doute n’a t’elle pas vocation à se faire la porte-parole d’une communauté ou d’une autre. Sa musique transcende les langues et les frontières (excusez ma naïveté maladive!).

Continuons notre route vers le nord et l’on retrouve avec tendresse quelques spécimens éparses, échappés d’un concert de l’époque Pancho et Tiers-Mondisme gentillet, ici dans sa version trentenaire/quarantenaire « je prends des cours de danse africaine ». Mais le plus important dans tout çà, c’est le sentiment partagé d’un profond respect à la personne et à sa musique.

Au cours du concert, on navigue entre les instants chamarés, énergiques (« Kouma« ), un funk maléfique (« Beautiful Africa« ) avec une Rokia incantatoire, versant féminin de Keziah Jones, griot(te) moderne sur la douce « N’Téri« . En rappel, elle nous gratifie d’un « Gloomy Sunday » qu’elle redessine dans un phrasé plus rond, extirpé de la complainte désuète tout en l’interprétant avec autant de solennité que la grande Dame Billie Holiday. (A écouter également la version de Claire Diterzi « Sombre Dimanche » sur Deezer.)

Rokia TraoréBeautiful Africa (Nonesuch/East West 2013) – en écoute sur Deezer/Spotify/Rdio

2 Commentaires

  1. Anonyme

    En fait, il n’y avait pas de Maliens parce qu’au pays, elle n’est pas très bien vue. Elle n’est même pas forcément reconnue par la scène musicale malienne. Fille de diplomate, je crois, donc fille de riche et, là-bas comme ici, si t’es riche t’es mal vu… Triste.

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