Wolf People – Fain


Wolf People

Sous le vieux marronnier, quelques gimmicks anachroniques trahissent une scène presque trop parfaite. Le vent cool vous frise les moustaches, le temps du badinage musical et de la sieste, bercé dans un hamac, une voix de miel qui apaise et s’envole. L’air d’antan sans nostalgie. Un fantôme de Jethro Tull venu des entrailles de la terre. Après Arbouretum et The Black Angels un peu plutôt dans l’année, c’est au tour des rejetons britanniques de Jagjaguwar, Wolf People, de survoler les terres ancestrales, celles de Ian Anderson et de Cream avec Fain, leur second album sorti en mai dernier.

Ces petits prodiges, originaires du comté du Bedfordshire, déboulonnent consciencieusement avec leur dernier album les structures et les certitudes du Progressif psychédélique (j’avais pourtant juré antérieurement de ne plus employer ce mot… gageure…) en y ajoutant une bonne louche de potion celtique, et viennent réensemencer la culture du Rock à papa à coup de romantisme saxon et de mélodies à la clarté délicieuse.

Graff. authentique récupéré sur un des murs de la ville de Bedford

Se pose ici la voix d’un clochard céleste sans âge, d’un boy du Midwest planté dans la campagne victorienne; elle émerge d’une nappe musicale brumeuse entre rock celtique et vieux standards blues-rock, flûte traversière en option. Se méfier de l’eau qui dort, du feu éteint dans l’âtre ; ces 4 anglais se font la transatlantique une tasse de thé à la main, à coup de lampes depuis un studio du Yorkshire, et à défaut d’embruns, ils se prennent une bonne bouffée au foyer, inhale l’air et l’esprit aventurier des années 70’s, estampillé génie britannique, quelque part entre Led ZeppelinKing Crimson et Jethro Tull.

Bon faut dire, ils en sont pas à leur premier coup, les gars avaient déjà sorti l’excellent Steeple en 2010 et auraient pu se reconvertir en sosies post-libéraux des Pogues, homme-liges du rock celtique, harpe dans une main et bière du cru dans l’autre. Sauf que lorsqu’on réanime une telle culture musicale et que l’on tient ce talent impeccable pour mêler en composition toutes ses influences, on ne part pas en retraite tout de suite. Du moins, on a la décence de livrer son « Somophore » avant que ne s’ouvrent les portes du panthéon…

Écartons d’emblée l’argument massue du « déjà entendu ». Oui, Wolf People ne réinvente rien et depuis Steeple, l’affaire était d’ores et déjà entendue. On peut se mettre des peaux de bêtes sur le dos, une pipe d’opium au bec, chanter le temps jadis, arborer une mine renfrognée… Problème on parle d’un temps que l’on n’a pas connu, mais qu’à cela ne tienne on fantasme et on tance les jeunes loups qui miment leurs aînés. On peut aussi accepter les effets de génération, qu’une scène éclose bien des années après, grâce à quelques héritiers fidèles. Ce n’est pas franchement un coup marketing que de marcher dans les pas de Jethro Tull et Led Zeppelin, plutôt un plan casse-gueule, si on part sans aucune certitude sur la musique que l’on écrit et ceux qui l’ont fait naître.

Alors que faire, face à une voix au phrasé de conteur, à ce talent de mélodiste hors-normes et la maîtrise du son Heavy Blues si caractéristique des années 70 dont il font preuve? « Empty Vessels » devrait vous mettre la puce à l’oreille : Une voix au-dessus de la mêlée, qui désamorce toute forme de résistance. Il faut écouter ce pont lorsque ces vers « Waiting for a soul to call me out, In the heart it came to desire… » brusque et illumine un morceau pop sans atours jusque-là. La suite, vous vous y raccrocherez peut être dans un premier temps comme un à fil suspendu entre deux eaux, l’oeuvre d’un chantre et celle de son refuge, un bouillon d’influences, pour finalement en déceler sa singularité.

Il faut écouter les envolées zeppeliniennes de « Athols », à mordre la poussière, le refrain dantesque de « When The Fire Is Dead In The Grate » et ces contre-chants guitare successifs, qui ne cessent de tournebouler. Il faut prendre le temps sur « Thief » jusqu’à cette pause, ce silence, comme une incantation celtique, « emtourbée » dans un rock « Twang » et le son d’une Télécaster micro chevalet qui se densifie pour rendre en bout de course une matière rock abrasive, parsemée de ses petites ritournelles qu’on croirait écrites pour un violon irlandais.

3 Commentaires

  1. Ping : Notre TOP Albums 2013, c’est dans les vieux pots… | Le Bazar

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :