Neurosis + Swans + The Ex – Villette Sonique (25/05/2013) (Invité)


Par Nico P., Invité du Bazar

Neurosis Live

Ô rage, ô désespoir…

En tant que bon fan de Neurosis, j’étais venu voir Neurosis et rien que Neurosis.

Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir que sur l’herbe, à quelques encablures, jouait The Ex, groupe à la qualité irréprochable, et dont certains albums, bien Garage, sont parfois bien plus enragés que la moindre production dite Métal ou Hardcore.

Accompagné d’une équipe de cuivre à la dégaine totalement improbable (un sosie de David Lynch, un sosie de Mariachi, et un sosie de Dan Aykroyd vieux), le groupe établit très vite les règles du jeu : dégager (gentiment) la sécurité, demander au public de s’approcher, et autoriser tous les comportements les plus délictueux (réussir à faire grimper sur la même scène des pochtrons, des jeunes filles en soutien-gorge et des enfants de moins de cinq ans). C’était ce qui se jouait à ce moment-là : après huit mois d’hiver, la foule parisienne avait envie de se lâcher, et dès la première chanson, c’était chose faite. La qualité de la musique, la gentillesse des phrases déclamées dans un français presque parfait (“nous être très content d’aimer vous Paris”), et un groove qui cachait en fait une belle colère tout ce qu’il y a de plus rock : tout était parfait.

Deux regrets, cependant : le son était un peu bas, et l’équilibre du mixage avait tendance à rendre la performance encore un peu plus pop ; bien pire, au moment où je me lançais pour faire un stage-diving de folie, une main, ou un pied, celui du bassiste ou du chanteur, m’a poussé dans la foule, tel Raoul Duke poussant son avocat polynésien du manège de Las Vegas. On ne peut plus faire confiance à personne.

The Ex - Villette Sonique

L’idée d’aller s’enfermer dans une salle devenait bien inopportune ; les organisateurs de la Grande Halle l’avaient bien compris, en décalant le début des festivités en salle à 20h00 ; ce qui avait l’air, au moins au début, d’une bonne idée.

Or, le concert s’annonçait déjà comme une gageure, car depuis des semaines, le milieu de la musique dure bruissait de deux sons de cloches, bien différents : d’un côté, les fans de Post-Hardcore, qui attendait Neurosis comme le messie. Déjà comblés, pour beaucoup, par le concert de l’année précédente à la Loco… Machine du Moulin rouge (et pour les mieux informés, par le passage de Scott Kelly à Saint-Ouen -Mains d’Oeuvres-, devant maximum quarante personnes), les fans n’attendaient qu’une chose: plus grand, plus lourd, plus sombre.

Mais, les quarantenaires ne l’entendaient pas de cette oreille : retour de Hype oblige, la première partie, Swans, commençait presque à buzzer plus fort. Pour les amoureux de ce groupe fondé en 1982, Neurosis font figure de « jeunes loups » : après tout, la carrière des p’tits gars de Oakland n’a commencé à décoller que dix ans plus tard. La concurrence faisait donc rage, pour savoir qui, des fans du premier ou du deuxième groupe, pouvaient revendiquer la plus grande « coolitude », sachant que le débat ne pouvait pas avoir lieu : les Swans sont clairement sur un champ de musique expérimentale ; Neurosis, quelques expérimentaux qu’ils soient, n’ont jamais réussi à dépasser les frontières du Sludge, tout en les élargissant considérablement, puisque c’est eux qui fixent les règles du genre.

La prise en tenaille ne laissait pas beaucoup de place pour la première première partie, Master musicians of Bukkake. Pourtant, tout y était : des costumes impressionants, vêtu de noir de la tête au pied, et de turban, qui firent dire à mon voisin “je savais pas que les Talibans avaient le droit de faire du rock”. Fumée, nappes planantes et atmosphériques, danses tribales ; dans l’ensemble, l’accueil fut bon, et les gens étaient, je pense, plutôt content de redescendre après The Ex (et les litres de bière).

L’arrivée de Swans signa ce qu’on peut appeler un retournement. Dès les premières secondes de musique, le chanteur démontra qu’il était l’exact inverse du chanteur de The Ex : ce qu’on appelle une primadonna. Un petit larsen de son guitariste lui inspira une terrible grimace ; il y avait trop de lumières ; tout ça devait troubler la concentration du chef d’orchestre… Cela ne suffit pas à gâcher la qualité de la musique, l’ampleur des envolées lyriques, et les saccades assumées et violentes d’une performance. L’heure tournait.

Swans - Villette Sonique

Ce qui se préparait depuis des semaines dans les rades et les salons parisiens – le clivage Swans/Neurosis – commençait à éclater : il était déjà 23h20 bien tapée, et Swans n’arrivait pas à s’arrêter, relançant, une enième fois, un boeuf interminable. Les fans du groupe devaient être aux anges ; ceux de Neurosis, eux, s’impatientaient. Ceux des deux groupes étaient certainement saouls. Quand la salle se ralluma à 23h45, ce qui devait se produire se produisit : les fans ingrats de Swans quittèrent la salle en masse – une bonne moitié – en méprisant l’effort qu’avaient fait les aficionados de Neurosis pour écouter, supporter – et apprécier ! – le set des outsiders. On sait que les métalleux et les hardcoreux sont rarement tolérants musicalement (remember le lynchage de DJ Rootsman avant Soulfly à l’Élysée montmartre en 1999) ; mais les fans de Neurosis, sont eux, habitués à être emmenés dans des zones étranges (Tribes of Neurot, projets solo…). Il était minuit, et il y avait déjà beaucoup de fatigue.

Neurosis Villette Sonique

Neurosis se matérialisa sur scène, avec un son d’une telle propreté qu’on se serait cru chez soi. Dès les premiers accords, pourtant, la puissance des basses collaient tous les vêtements à la peau. Soleil, bière, fatigue avaient fait oeuvre de sélection : il ne restait que les puristes, et tous mes potes, qui n’avaient pas envie de rentrer à pied, étaient partis. Tout était parfait pour une atmosphère de communion bien dure, bien noire.

Et pourtant… Il y avait deux options pour le groupe : tenir compte de l’heure tardive et attaquer dans le vif du sujet, écraser la salle, laminer les gradins et réduire nos tympans en lambeaux ; ou jouer la difficulté, et assumer, encore et toujours, leur choix, en délivrant un set lourd, sans concession, mais pas nécessairement facile d’accès. Si vous êtes fan du groupe, vous savez donc ce qui s’est passé : Neurosis n’a jamais choisi la facilité. Sur les neuf chansons jouées au concert, une seule remontait à l’avant 2001 ; sept venaient des deux derniers albums, qui ne sont pas, en terme de renouvellement auditif, ce que Neurosis a fait de mieux (ça se discute, évidemment). La bande, sur scène, donnait l’impression d’être un peu absente, toute occupée à s’enivrer de sa propre mélancolie.

Dans la fosse, les têtes brûlés résistaient bien – réclamant les single (« Locust Star »…), pogotaient, gueulaient. C’était intense, à 1h20 du matin, de voir les visages réjouis d’une sorte de casting des musiques énervés : ici un revenant de l’époque Hardcore-Pop française “à la Pleymo” ; là, un fan de Angra ; à côté, le bon vieux coreux oldschool… Tout le monde, ou presque, était là, ce qui en dit long sur la capacité de Neurosis à réunir les genres et les tendances.

Et puis ce fut la fin. Un petit rappel et puis s’en va. Aucun classique de Through Silver in Blood. Ni de Times of Grace. Encore moins de Souls at Zero. Un set massif, sans concession. En regardant la vidéo, le lendemain, sur Arte, je me suis dis que j’avais loupé quelque chose, que j’aurais préféré les voir plus tôt dans la soirée, ou je ne sais pas quoi ; que les sonorités tribales et martelées de 1995 étaient loin. Mais à voir le poids que continue à prendre Scott Kelly, et les tempes grises du bassiste, je me suis dit que c’était l’âge de raison. Et à dire vrai, j’étais moi-même crevé, quand le groupe s’est arrêté, passé une heure et demi du matin. All is found… in time.

5 Commentaires

  1. Girock

    Putain, merde, si j’avais su… J’étais au concert des Swans ce soir là aussi !!! Il y avait aussi les master Musicians of bukkake, juste avant, qui mettaient bien dans l’ambiance. Bon, nous (je n’étais pas alone), après on a zappé Neurosis…

  2. Ping : Neurosis – “Locust Star” Live in Paris 2013 & PV

  3. Ping : Neurosis – “Locust Star” Live at Villette Sonique 2013 & PV

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :