A propos du Old Rottenhat et du bon usage de la came pour briser le silence (Invité)


Par Mickael D., invité du Bazar.

Cité de l’Espace, 19 mars 2013 à Toulouse, 

Tout commence par une révélation du Ciel, un étonnement subreptice au goût de l’évidence, sous le ciel de la Cité Rose. Ma déambulation entre les astres photographiés guide mes pas jusqu’à cette salle où une expérience est à l’oeuvre : Un vieux réveil dont la sonnerie, réactivée ferait recouvrir l’ouïe aux sourds, là une main délicate pose une cloche en verre par dessus, pendant que l’autre actionne une machine qui en aspire l’air. Un tour de passe-passe d’artiste-astrophysiciens.

Robert Wyatt

Peu à peu le vide spatial s’installe sous la cloche et peu à peu l’alarme irritante s’étiole pour ne plus devenir qu’un son pour les yeux. Le silence s’étend, puis s’impose tout à fait, je tiens ma Révélation! L’explosion simultanée de tous les Bing Bang de l’Univers serait un évènement aussi silencieux qu’à la minute même. Illumination pour mon humble savoir! Je renais à l’acoustique. Le son n’existe peut être que sur Terre et j’ai le bonheur de l’entendre. Le truc qui te paraît d’un banal naturel te revient en pleine figure comme la greffe, immédiate, d’un nouveau sens jamais perçu. Je dois bien avouer que l’effet de la nouvelle pris un peu plus de temps en ce qui concerne les sons que je déteste ou ceux qui me harcèlent, mais parmi tous ceux-là, les bons, les mauvais en quelque sorte, il y avait la Musique. La nouvelle que mon ignorance venait de redécouvrir, me renvoyait à la sensation de renaître à elle.

Passée l’image, ce sont les 8 heures de route qui m’attendent pour rentrer chez moi, qui me reviennent à l’esprit. S’obliger à quitter Toulouse sans rien écouter. Je veux revivre mon dépucelage auditif dans les meilleures conditions, sans expédients ni parasites. Une fois arrivé, la nuit est tombé et je goûte au calme ambiant. Bon début.

Instant de détente, comme au ralenti, pour mieux apprécier ce qui m’attend, un repas léger, une bonne douche chaude pendant que le radiateur chauffe la chambre (…). Dernière mission délicate : Qu’écouter pour redécouvrir le miracle du son, la magie des mots et des harmonies? L’heure tardive, la route, la joie de ma découverte (qu’ils m’en pardonnent) me font oublier ou exclure de nombreux albums. Mon oeil passe et repasse en revue ma discothèque, revient puis s’arrête : c’est celui-là, aucun doute! C’est celui que j’ai écouté avec bonheur bien des fois, te revoilà comme une nouveauté audacieuse et un mystère séduisant. Toi ce vieux sage, dont je sais que tu vas du début à la fin me transporter sur des étoiles sonores sans mots pour les nommer, tant la beauté, à ce degré là, se passe du langage humain.

Robert Wyatt - Old Rottenhat

La claque, le pied. L’extase infinie en 43 minutes et 51 secondes. Quelle appréhension! Je ne veux pas gâcher une de ces nouvelles secondes avec toi. Simple terrien et sur des milliards de milliards de kilomètres « à la ronde », je vais ressentir un truc qu’on ne ressent peut être qu’ici, là, maintenant sur la Bleue. Ah çà la bleue tu peux le dire : la blue note ne m’a jamais parue aussi essentielle à ma vie qu’aujourd’hui. C’est comme après des années de célibat où tu retrouves l’Amour et le corps d’une femme qui lui sied. Tu trembles, ta sensibilité est exacerbée, tu brûles de désir et, à la seconde suivante, tu ne veux plus, tant l’émotion accapare tout. Je me lance.

Je le laisse encore se faire désirer, retiens le départ de l’extase. Préliminaires, au cours desquelles je feuillette la pochette, en ressens l’artwork : rien ne me transcende dans ce tableau  d’Alfreda Benge, et pourtant les mots qui le décrivent représentent bien son alter ego musical : épuré, clair, simple et limpide, quelque chose de décousu, cousu. La liberté dans l’Espace! Des repères où j’accroche l’inconscient  plus que la raison sur cet album; ici pas de rebords de piscine où s’agripper, c’est le grand bain très rapidement ou rien du tout. Pas la peine camarade de continuer à nager si dès l’entrée de sa voix tu ne ressens rien. La claque c’est tout de suite ou jamais!

Et ce soir, quant à moi, quand sur « Alliance« , le sage homme se met à chanter de son filet de voix jusqu’à ce Trying To Sleep de « P.L.A.« , mes deux oreilles et moi ont su que c’était pour toujours et à l’infini.

En écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

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