The Black Angels – Indigo Meadow


The Black Angels

The Black Angels étaient 5 auparavant.  L’un d’eux déchu, ils ne sont plus que 4 en route.

Il est des villes comme Austin (en plein dans le Texas de Papa), où quatre vieux fous, fantômes des temps anciens, doux excentriques, prennent d’assaut la rue à des heures impossibles. Ils vont Downtown dans leurs fichus à fleurs (pour la photo ils avaient fait petit un effort ), assemblage de tissus bariolés, dont les couleurs se prolongent jusqu’à leur âme, comme un écho perceptible qui courrait dans leurs veines.

I feel colors rushing through my veins makin’ me invicible to pain (I Hear Colors Chromaesthesia -)

Singulier accoutrement, auquel le voisinage ne prête guère plus d’attention, insensibles aux démarches alambiquées et teintes chamarrées. Mais lorsque le ciel gronde, les effluves subreptices des vestes en cuir, qui prennent l’humidité, piquent l’inconscient alentour : oublié, ce vieux rêve de liberté absolue, auquel les quartier patients de la classe moyenne résidentielle ont cessé de rêver ;

La ritournelle anxiogène de The Jefferson Airplane sonne comme une décharge électrisante, un rappel assassin, un mythe enlevé, le refoulement de la vague psychédélique et la mort du petit lapin blanc, en une fraction de seconde, se réveiller,  2013.

Mais ces fous-là n’ont pas fait pour autant vœux de silence. Ils portent les étuis de leurs guitares à la main et dans leur esprit, la liberté se conjugue en musique, noyée dans une marre de drogues et de visions hallucinantes. A étudier le phénomène de près, on en concluerait qu’ils essayent de se fondre dans le décorum rutilant de leur enfance, à imaginer ou recréer, pour un court moment. Car après tout, il faut bien coller à son temps, tout du moins s’y essayer, respirer un peu, se remettre, en surface et en apparence, des soubresauts ésotériques, des bouffées païennes des notes qui bouillent, broient nos tuyaux à l’intérieur.

Ces quatre s’incarnent en Black Angels, les anges démons du Velvet Underground. et ils ont depuis bien longtemps choisi leur camp : celui des tenues fantaisistes, du temps jadis et de la musique qu’elle porte, plutôt que courir après la normalité, forme eucharistique et cramoisie, imbibée de productions plates et linéaires.

A l’inverse, leur musique est boursouflée, haletante, en inspiration permanente. Elle passe son temps à rebondir entre prières et révoltes. C’est un mic-mac pris dans un étau psychédélique, un ton malsain, insolent, enserré dans une course aérienne, vive, engagée dans une succession de volte-faces.

The Black Angels_Indigo Meadow

On se souvient parfaitement de leur précédent vol Phosphene Dream de 2010 (voir notre top de l’époque). Avec Indigo Meadow, on touche au brut incantatoire, propulsés à milles lieux de la ligne de flottaison atmosphérique. 

I wanna be a boat, to close my eyes with you, I wanna feel safe, closing my eye-‘s with you (Broken Soldier)

L’altitude porte les âmes et la voix d’Alex Maas tantôt prédicatrice, tantôt attendrissante guide la flotte en marche.

On commence avec « Indigo Meadow » , comme une provocation à l’aimée  un appel à retrouver les couleurs manquantes d’un alphabet amoureux, anonyme, dans les nuances de l’indicible, de l’invisible Indigo. « Evil Things » marque les première turbulences. Il faut dans l’orage, entendre ruisseler en fond le clavecin foudroyant, au cliquetis alternatif. L’ombre du Jefferson Airplane « plane » sur ce meddley démoniaque.

On se laisse ensuite enrober dans les ondes rassurantes du clavier, quelque chose comme un retour aux sources en « Holland » . Aucune allusion, bien sûr. « Love me Forever » entonne un chant d’amour qui sonne comme une imprécation troublante. Le temps d’une pause inspirée « Always Maybe » où les voix « Marmelade » et déformées des anges se font prévenantes, mais, toujours peut-être, dans les formes de la prédication : 

I couldn’t do anything for you, Child, I wouldn’t do anything for your mind (Always Maybe)

Rien de plus ils ne pourront lorsque l’enfant devenu adulte se retrouve confronté à l’interrogation fondamentale du soldat au front (« It’s hard to kill when you don’t know whose side you’re on ») : ce peu d’humanité dont il a hérité et le questionne. « Broken Soldier » , comme une version bouillante de The Thin Red Line de Terrence Malick.

Ne reste alors plus qu’à étirer les couleurs au-delà du spectre avec « Black isn’t black » , qui dépeint un astre bleu teintée de noir, mais où le noir n’est plus vraiment cette coloration sombre qu’on imagine. Encore un indigo, un entre-deux, invisible à l’oeil nu que les Black Angels nous donnent à contempler.

En écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Un commentaire

  1. Ping : Route du Rock 2013 (17/08/2013) – Day 3 | Le Bazar

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