Nick Cave and The Bad Seeds – Push The Sky Away (Invité)


Par François G., invité du Bazar

Nick Cave - Push The Sky AwayCa y est, les Bad Seeds ont entamé leur ultime métamorphose…

Tous les groupes de rock ne ressemblent pas aux Rolling Stones, dont le line-up n’a quasiment pas changé en quarante ans. Certains se composent d’amis de passage, de compagnons de route qui, inévitablement, doivent se séparer lorsqu’un nouveau carrefour se profile à l’horizon. Les Bad Seeds font partie de cette catégorie. Pas seulement parce que Nick Cave s’est longtemps caparaçonné aux quatre coins du monde (Melbourne, Londres, Sao Paulo, Berlin et maintenant Brighton), mais parce que, grâce aux rencontres qu’il a faites, aucun de ses albums n’a jamais ressemblé aux précédents. En plus de ses lectures et de sa folie ordinaire, il tire en grande partie son inspiration et sa longévité de ses amitiés.

Blixa Bargeld, membre fondateur des Bad Seeds, quittait en premier le groupe il y a dix ans pour se consacrer entièrement, disait-il, à Einstürzende Neubauten. Ce groupe berlinois maltraite métaux, béton et électricité depuis la fin des années 70, pour notre plus grand plaisir. Sa participation au combo de Cave n’était pas moins intense, sauf peut-être à partir du milieu des années 90. Officieusement, on apprenait en 2003 qu’il regrettait que les Bad Seeds soient finalement devenus un… groupe de rock. Exit, donc, les contours indus qu’il avait offerts au collectif vingt ans plut tôt, lorsque l’Australien avait mis fin aux Birthday Party pour former sa bande actuelle. En 2009, c’était au tour de Mick Harvey de quitter le bal, après une collaboration de plus de trente ans pour le moins fructueuse. Ce départ-là est intervenu tout juste un an après la sortie du dernier opus de Cave, Dig Lazarus Dig !!!, qui est encore loin de faire l’unanimité. Apparemment, la concurrence de Warren Ellis, le nouveau chouchou du maître, l’indisposait sur les plans musical et relationnel. On se demande d’ailleurs comment Harvey a fait pour côtoyer ce caractériel de Cave aussi longtemps sans se perdre : l’homme n’est pas facile, il consume tout ce qui l’entoure.

Pourtant, malgré le départ tragique de ces piliers du groupe, les Bad Seeds ne sont pas encore morts, loin de là. L’influence délicate du violoniste/guitariste Warren Ellis n’a finalement plus à souffrir de la concurrence de celle, plus sombre, plus lourde, des anciens. Mais le nouveau virage que nous amène Push The Sky Away, sorti d’ailleurs sur un nouveau label, a encore une autre explication. Avec Dig Lazarus… et les deux disques de Grinderman, produits eux aussi par Nick Launay, on était en droit de se demander si Nick Cave ne faisait pas une crise de la cinquantaine, du type « ce n’est pas parce que je vieillis que je ne peux plus faire de bruit ». Passée cette crise, bien installé dans son rôle de père (il a quatre fils, nés de trois femmes différentes), vraisemblablement heureux en couple, un brin embourgeoisé dans sa station balnéaire de l’East Sussex, Nick Cave semble s’être un peu apaisé et nous offre aujourd’hui un album ne gagnant pas par la puissance, mais par la délicatesse des sentiments qu’il exprime.

Finie la crise, donc finie ici la guitare garage qui polluait ses précédents disques. La composition se fait à nouveau autour du piano ou de l’orgue et, surtout, surtout, de la basse. Cette basse qui pave si bien la voie à son chant renégat et à son phrasé de poète, comme sur les captivantes et inquiétantes « Water’s Edge » et « We Real Cool ». Retour également aux chœurs qui avaient fait la force de No More Shall We Part. Cette fois, cependant, ils sont chantés par de jeunes anges d’à peine douze ans. Des angelots nous renvoyant à l’énigmatique pochette de The Good Son, composé lorsqu’il vivait une première rédemption en fondant une famille au Brésil, loin des tourments berlinois et de ses problèmes de drogue. Aujourd’hui, un titre comme «Wide Lovely Eye » chante par exemple la beauté d’un amour simple et émouvant, mais difficile à conserver :

« Through the garden with your secret key/Down the tunnel that leads to the sea (…) You wave and wave with wide lovely eyes/Distant waves and waves of distant love/You wave and say goodbye ».

Si l’on dit, ci ou là, que cet album marque le retour du Cave sur des terres apaisées, la gravité n’est donc jamais loin, ni même les sursauts d’énergie avec des titres comme « Jubilee Street », assez progressif mais pas destructeur, ou le superbe « Higgs Boson Blues », qui s’étale sur près de huit minutes : « If I die tonight/Bury me in my favourite yellow patent leather shoes/With a mummified cat and a cone-like hat ». Ce nouvel album nous présente en fait un Cave plus subtil, plus sensible et encore plus déterminé, sans avoir dévié des chemins tortueux empruntés au temps de sa jeunesse. Sans doute est-ce là tout ce qui le maintient en vie et lui évite de devenir un vieux con. On avait quand même eu quelques doutes, bon sang, on avait quand même eu chaud durant ces cinq dernières années !

Nick Cave

Finalement, si l’on en revient à ce que dénonçait Blixa Bargeld, c’est quoi, donc, un… (bon) groupe de rock ? Une bande de potes qui s’amuse à faire du bruit, d’une manière (guitares/batterie) ou d’une autre (marteau piqueur, plaques de métal)? Ou bien n’est-ce pas un peu, aussi, une manière de crier des choses vicieuses à travers un rideau de soie ou de velours, comme ce Cave-là. « And some people/Say it’s just rock ‘n’ roll/Oh, but it gets you/Right down to your soul ».

F.G.

En écoute sur Spotify/Deezer

3 Commentaires

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