Akalé Wubé – Studio de l’Ermitage (18/01/2013)


Akale_Wube-Mata

On raconte qu’il avait neigé à Addis ce soir-là. Peu d’Éthiopiens pour y croire sincèrement. Mais devant le Studio de l’Ermitage, les enfants avaient pris d’assaut la rue blanche et enneigée et jouaient à se faire la guerre ; celle que les professeurs enseignaient sur les bancs des écoles de la Corne de l’Afrique et qu’il n’avaient pas connue parce que trop jeunes, entre L’Érythrée et l’Ethiopie.

A Addis, on racontait que les Toubab étaient montés sur scène ce soir-là dans une « gargote coquette » de la rue de l’Ermitage. De mémoire d’Éthiopiens, on avait encore jamais vu pareille chose. A l’intérieur, une salle de trentenaires roulée en boule, pour réchauffer les corps frigorifiés. Cinq gars sur scène, Cinq Azmaris, ces musiciens itinérants d’Ethiopie, à l’origine du groupe Akalé Wubé, projet ahurissant qui a vu le jour en 2008, celui de cinq blancs qui reprendraient le sillon du Jazz comme on le faisait sonner dans l’Addis-Abeba d’antant.

Le tableau n’est pas forcément affriolant: Un guitariste aux allures de comptable-bon père de famille, les blagues en camouflets du saxophoniste, un xylo un brin mégalomane… mais qu’importe, force est de constater qu’ils maîtrisent le groove et le « Glissé envoûtant » de l’EthioJazz et c’est bien là tout ce qui nous importe (Lire notre chronique live de Mulatu Astatké).

« Mata » entonne un bourdon joyeux et alambiqué. Une mélodie insidieuse, qui trotte dans les têtes et remue les corps. Les idées fourmillent, c’est à l’allure d’un sénateur que le swing s’incruste, à petits pas. « Nebyat » est un thème fiévreux, une prière sournoise, qu’on croirait taillée pour subjuguer les Dieux, et lorsque le xylophone camé d’effets et de saturation s’ajoute à la potion rythmique, c’est une missive enfumée, une cérémonie ensorcelante comme sur « Amarina » et « Yèkatit » .

Akalé Wubé - Ethiopian Groove

Le trompettiste abandonne sa favorite pour la Kirar (lyre traditionnelle éthiopienne) pour donner naissance à des morceaux limpides, presque aquatiques. Une ode claire,  soufflée par une flûte patiente, s’accompagne de sonorités, que dans mon imaginaire de sédentaire, je rattache plus naturellement à l’Afrique continentale (si j’ose dire…), voilà « Bazay » d’où s’échappe toutes sortes de nuances et d’origines : rock, asiatiques, indiennes…

Dodo live @Fendika Addis Abeba – Novembre 2010

On revient à des territoires plus classiquement Jazz avec  » Nèstanèt« , et à la force du poignet, ils nous emmènent vers des contrées Jazz-rock à la Magma, à l’attaque, virée sans peine pas franchement bravache comme sur « Mètché Nèw » . De quoi repartir fièrement dans le froid, car même si certains en doutent encore, il avait bien neigé dans cette Addis là.

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