The Flaming Lips & Heady Fwends – Chapelles Ambulantes


Une bande-son pour un voyage. Cadeau futile, indispensable et tout à fait intime. Presque intrusif. Ma première idée a été de l’offrir à des amis qui partaient sillonner l’Ukraine et la Roumanie, destination la Crimée. A les imaginer au milieu des touristes russes, et d’autant plus à l’ère post-soviétique, sans doute ai-je pensé qu’ils pourraient ressentir le besoin de psychotropes musicaux, qui adoucissent quelque peu les lignes architecturales et le caractère slave de leurs prochains. Les génies de la pop excentrique The Flaming Lips, eux, le savaient. Nous voilà donc embarqués dans un périple par procuration,  avec leur dernière galette dans les esgourdes. Les voix des « Fwends », qui les ont rejoints pour la production de l’album, se succèdent : Justin Vernon (Aka Bon Iver), Nick Cave, Prefuse 73, Lightning Bolt, Jim James, Ke$ha, etc. excusez du peu!

Première mission d’envergure : avertir ses contemporains qu’une année comme celle-là (2012) est clairement mal embarquée technologiquement parlant. A ce stade, elle se fera griller la priorité par la suivante et ainsi de suite. Il en va de la sorte depuis la nuit des temps de l’ère industrielle et informatique, bref une éternité. Le temps long ingurgitera nos IPad et nos lubies robotiques avec ses dents aiguisées comme un hachoir rédempteur. Et pour faire passer au mieux le message de « 2012 (You Must Be Upgraded) », les gars frappent de grands coups de marteaux-piqueurs électroniques, accompagnés de guitares stridentes passées à la moulinette (encore une grandiose innovation, charmante au demeurant, mais bel et bien désuète).

Un Joli Flyer pour un concert des Flaming Lips

On enchaîne sur « Ashes In The Air » , ballade lunaire où Bon Iver reprend l’évangile des bons samaritains de l’Oklahoma. Les synthétiseurs suspendent le temps et les contre-chants de l’alter-ego touchent directement au coeur : « You and me, we saw the light of the ship get crossed, but it was up above us ».

Au tour de Prefuse 73 de pousser les portes du studio avec un titre évocateur « Supermoon Made Me Want To Pee« . Les percussions frôlent l’acharnement tandis que nos prophètes du nouveau genre s’évertuent à répéter « Coming up ». Il y a là une force, une rythmique de répétition, en marche, et qu’importe finalement de ce qu’il adviendra par la suite.

Le temps de déposer les enfants sur la lune « Children Of The Moon »   et voilà  que retentissent les premières notes de « That Ain’t My Trip » : On se parle d’un frisson électrique, boursouflé, enfumé avec ses choeurs déréglés. Un « White Light White Heat » moderne, précieux et concis. Et lorsque les cloches cessent leur tutoiements respectables, Nick Cave entre et énonce l’homélie dans « You, Man? Human??? »  avec ce flot blues « adomnestant » et « croquignolesque », tel un amuseur public qui réciterait les Grâces en introduction à un banquet orgiaque.

Pour redescendre (Oui on parlait d’adoucir le caractère slave…), on tend l’oreille à la complainte d’un homme abusé : « I’m Worling At Nasa On Acid » ressemble à un vieux Pink Floyd pop où Lightning Bolt joue la surprise. A croire qu’observer les étoiles, aligner les angles et calculer des trajectoires réclament quelques substances euphorisantes, mais notre personnage fait le yo-yo comme personne. Et son quatre heures à base d’acides a tôt vite fait de lui atteindre le cerveau. Et si Bowie s’était retrouvé à l’oreillette avec ce Ground Control  totalement halluciné, que serait devenue « Space Oddity« ? Ils flottent tout autant, l’un comme l’autre, dans un univers musical psychédélique.

« Do It » est un dub irrévérencieux où se sont invités Yoko Ono et son band. Des harangues mécaniques, à la limite du harcèlement, exhortent un inconnu (peut être notre employé de la NASA) à le faire. Sans plus attendre. Sans plus de précisions.

Le temps d’une pause, The Flaming Lips reprennent « I Am The Walrus »

Dernière étape en ce qui nous concerne, aux côtés de Neon Indian, pour une nouvelle ballade, quasi philosophique dont le titre résume pleinement l’interrogation fondamentale à laquelle elle nous soumet : « Is David Bowie Dying?« . Un beat un peu « patapouffe » s’étend sur la durée du morceau, doublé progressivement à la batterie. Une mélodie curieuse, gracieuse évoque le déchirement, le rejet. Les fracas de la guitare accompagnent cette marche un brin angoissante :  C’en est fini du Major Tom, sûrement : « Take your legs and run, into the death rays of the sun ».

Voilà quelques chapitres de cet album, d’une richesse musicale surprenante. L’univers volontairement barré ne doit pas vous réfréner, mais bien au-contraire vous encourager à s’y plonger, à l’écoute de mélodies fines et aériennes. Encore un petit chef d’oeuvre, de et par The Flaming Lips.

The End

2 Commentaires

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