Les 100 vies de Joe Haege – Part 1 => 31Knots


Joe Haege en presque Mime Marceau

Joe Haege. C’est un homme à l’élégance naturelle. Sous l’œil du photographe, on le retrouve dans un costume Années 30, une frange de cheveux, balancée à gauche, un corps élancé, d’où émane la fraîcheur d’un adolescent à peine vieilli. En fait, d’apparence, il ressemblerait à un cadre du N.S.D.A.P., les idées nauséabondes en moins. Notre gaillard a le type germain, mais de cela on s’en fout. Joe est déjanté, sensible et méticuleux, l’instant d’après, Joe est calme, léger et tempétueux, mais je n’ai aucun moyen de le prouver. Il parle d’une voix reposante, presque prévenante. Je devrais probablement essayer de me pacser avec lui, avant que ces connards de Romney & Ryan ne me l’interdisent, dénonçant l’union du Fan et de la Star, comme un inceste aux canaux de la distribution musicale traditionnelle.

Joe Haege. C’est un multi-instrumentiste, Songwriter de génie, installé à Portland, précisément où, je ne sais pas. Il a l’un des jeux de guitare les plus insolites que je connaisse. La plupart du temps, il joue sur une Gibson SG, la même que Angus Young. Il est membre de 31Knots, Tu Fawning, Vin Blanc (en solo), file la main à ses potes de Menomena et paraît-il, organise des barbecues avec Deerhoof. Sans lui, Portland serait un désert musical. Quand La Gaîté Lyrique s’est lancée dans l’aventure Keep Portland Weird l’année dernière (2011), j’aurais du insulté son directeur pour avoir oublié Joe Haege.

Bref, il était temps de livrer une élégie, imparfaite je m’en excuse, à ce maître-créateur, touche à tout, Thanks God!, toujours bien en vie. Alors, je me suis lancé dans une exploration du parcours musical du ‘Sieur Haege et vous livre 40 titres, sélectionnés avec une objectivité sans pareil, pour découvrir les multiples facettes du créateur.

Part I – Avec 31Knots

31Knots et le lapin rose

Le groupe se forme en 1997 à Chicago autour du  duo Joe Haege (Chanteur-guitariste) et de Jay Winebrenner (grand bassiste, bassiste élancé, qui plaît beaucoup à Flow, mais ça c’est une autre affaire…). Je vous renvoie à Wikipedia, Lastfm ainsi que leur label, Polyvinyl, pour les moult détails de leur biographie. En 2003, s’installe aux fûts l’actuel batteur Jay Pellicci (en remplacement de Joe Kelly). Depuis on bouge plus.

31Knots, c’est  un trio Rock, tendance Math-rock sur leurs premiers albums. Avec le temps, ils introduisent des samples de piano, de voix bizarres et de batteries de cuisine dans leur musique et explosent la structure de leurs morceaux. Avec le temps, l’écriture s’est affinée, l’horizon éclairci et l’on pourrait difficilement les cantonner à un style en particulier. A minima, appelons ça de la musique Rock de représentations, fantaisistes et théâtrales, exhibitionnistes à ces heures, mais toujours inspirée.

J’ai puisé dans leur discographie (Cf. Wikipedia) de quoi étayer tout ça, en partant de leur EP The Rehearsal Dinner jusqu’à leur dernier album, The Trump Harm (dont vous pouvez lire la chronique sur le Bazar par ici >>>). En bonus, quelques sessions live, pour se faire une idée des totos in situ.

Pour info, leurs 4 derniers albums, ainsi que certains de leurs EP sont disponibles en streaming sur le site du label Polyvinyl.

The Rehearsal Dinner (2002) & It Was High Time To Escape (2003)

« Corporal’s Lament » et sa petite mélopée à la guitare, les lamentations d’un capitaine désabusé… « Amateur Idiot » morceau instrumental et sa basse surboostée… « A Half Life In Two Movements » , un bijou de riff Math technique en intro de leur premier album… « Darling I » , le 31Knots d’hier qui annonce le 31Knots d’après… « That Which Has No Name » une marche à l’envers où l’on découvre le ton vindicatif et sensible de Joe Haege… « Matters From Ashes » , un ton serein, parfois lyrique, dans une ballade élégante. Enfin, on a rajouté « Last Minute Director » , titre inédit, tiré de la compilation The Hospital Radio Request List Vol. II.

The Curse of The Longest Day (2004) & Talk Like Blood (2005) 

On attaque ici la période charnière de 31Knots, celle au cours de laquelle, l’écriture de Joe Haege se fait plus subtile et les compositions plus fouillées : des breaks incessants, appuyés par le style peu académique de Jay Pellicci à la batterie, un effacement progressif de la frontière entre couplets et refrains… On démarre d’emblée avec un live très punshy de « Welcome To Stop » de 2011 et on enchaîne avec « The Corpse and the Carcass » , missive plaintive et spirituelle entourée de cordes et d’un clavecin électrique, la douce et lunaire « Coward With Claws » et son refrain soprano samplé. On poursuit enfin avec une sélection de Talk Like Blood, devenus des classiques depuis, desquels se détache la gracieuse et explosive « Impromtu Disproving » .

The Days and Nights Of Everything Everywhere (2007) & Worried Well (2008)

Le groupe a désormais séduit les critiques avec Talk Like Blood et livre dans la foulée The Days & Nights… Album à tiroirs, philosophique et donneur de leçons, bordélique et rassérénée, d’une créativité sans bornes, à l’inspiration sans cesse renouvelée.  J’ai retenu « Sanctify » où Joe, à l’occasion des prestations du groupe, apparaît avec un masque de monstre, tout affairé à vider sa valise et retirer un à un ses costumes de scène (d’abord en capitaine d’aviation ou Marines, puis maître de cirque, dans un complet tantôt cintré, tantôt large style « Apache » Années 50…), « Man Become Man » , un classique du groupe, où sur un riff ravageur, Joe s’époumone et fulmine « Someone say surrender so I sulk. Someone say sequester so I sink… » … L’anti-cartésienne « Hit List Shakes » et cette saillie enflammée « I’m assassin of the reason you want to exist. I’m assassin of the logic you would like to resist » et enfin le duo « The Days and Nights of Lust and Presumption/Imitation Flesh » que vous aurez le plaisir de découvrir en Acoustique, captée à la sauvette au 1er étage de Mains-d’Oeuvres.

En 2008, le trio récidive avec Worried Well, un peu plus inégal, mais d’où j’ai tout de même extrait « Certificate » , « The Breaks » , « Compass Commands » et « Upping The Mandate » . Les sons sont encore plus travaillés : synthétiseurs vaporeux (la ritournelle de The Breaks), samples industriels et stridents, des cordes harmonieuses et explosives pour un format très pop (« Upping The Mandate »), des contre-chants inédits en comparaison de leurs productions antérieures… Le clip de « Compass Commands » est à regarder par là >>>

Trump Harm (2011)

2011, 5ème album Studio pour le trio. J’ai sélectionné 5 titres. On débute avec le single « Candles On Open Waters » , puis l’énigmatique « Stand Up » . Pour la suite, j’ai repris des extraits de ma chronique de l’époque :

« Egg On My Face » : Après quelques singeries nostalgiques, les codes explosent en outro sous les coups de butoir des samples de clavecin bientôt mis au silence par une horde de marteaux électriques. Réconfortante déflagration du jaune d’œuf.

« Love In The Meant of Heat » : ici résonnent de courtes radiations sonores, prédictions de l’aiguë au grave, compressées, répétées tout au long en Part1 du morceau. Accompagnées par le flot ininterrompu tantôt parlé, tantôt admonestant, vindicatif et sensible ; ce chant qui balaye tous les états (du) possible(s), à la conclusion menaçante (“the only way to love you is to get what i want“). Arrivé à mi-chemin, on s’enfonce en part2, d’abord l’excitation d’un orgue de barbarie déréglé sous l’effet des lampes électriques, puis rejoint par la guitare pour un final abrasif ponctué par des harangues désespérées et fragiles (“Love”) et des grincements à peine perceptibles. Sortie abrupte.

5 Commentaires

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