Dirty Projectors – Swing Lo Magellan


Le Lo-Swing? Comme une forme novatrice de Jazz apparue dans les années 30, qui avec les Projectors, se transforme en une ballade divertissante « Saltellante », un tour sur soi-même, autour d’un axe intérieur infini ; Un renversement méthodique et intimiste, une recherche personnelle des phrasés et des notes avec l’envie, la nécessité de construire des ponts mélodiques, tracer de nouveaux horizons.

Après la révélation Bitte Orca (leur précédent album de 2009), les Dirty Projectors sont de retour, avec à leur tête, un David Longstreth serein et sûr de son fait. Swing Lo Magellan, où l’on continue d’arpenter des compositions minutieuses, « à la transverse », équinoxe fragile qui bascule et se stabilise. Et dans leurs tracés sinueux, on touche à l’art subtil d’un songwriting hors-normes.

L’album s’ouvre sur un choeur quasi grotesque, rabelaisien : il accouche, à la place, d’un filet de voix maternelles et gracieuses, qui ruissellent avec tranquillité, attirées vers les sommets par un appétit mélodique insatiable.

Dans leur cour s’immisce la voix désarmante de Longstreth, au cheminement instable, qui, au gré des remous, se retire ou s’échappe, comme une prolongation permanente de mots et de leurs mélodies, rattrapées in extremis.

Syntaxe étirée, étriquée. Dans le dur, dans le vrai. Ainsi il en va des chansons des Projectors : « Offspring Are Bank », « Gun Has No Triger », « Unto Ceasar » reflètent ces compositions denses, foisonnantes, inscrites dans un canevas immatériel.

Le Swing se cache parfois dans les oeuvres plus inédites. « About to Die », où de sourdes percussions frappent à la porte, est de celles-ci. Il y a urgence : des breaks coupés, une basse pressée d’en découdre, des objets sonores qui rebondissent, après tout, quoi de plus normal, on est sur le point de quitter ce bas-monde.

« Gun Has No Triger » se joue comme une pièce de théâtre en 3 actes. Pour l’introduire, nul besoin des 3 frappes rituelles, un seul coup de caisse claire suffit. Le décor est assuré par le groove impeccable de Nat Baldwin ; L’ode chorale y diffuse une atmosphère douce qui s’affermit dans les refrains pour peindre la catharsis. La narration est tragi-comique, on y croise un personnage noyé dans ses pensées, incapable d’ouvrir les yeux sur les ruines et le bouleversement qui l’entourent, qui tente en bout de course de se suicider pour s’apercevoir finalement que son arme n’a pas de détente. Les suppliantes s’en fichent. Elles ont déjà fui les lieux.

« Swing To Magellan » est une ballade à la « Velvet », avec une basse très clinquante : elle prend des airs de « Stephanie Says » ou « Oh Sweet Nothing », fragments de vie, tout à fait intimistes, comme Lou Reed savait les écrire. On s’efforce de traîner en chemin, les trains ne passent jamais à l’heure et à ce que je sache, l’air y est doux, l’humeur heureuse. L’explorateur taciturne Magellan aurait il découvert lors de son périple les délices de quelques bouffées d’opium et les effluves des bougainvilliers à la tombée de la nuit ?

Après ces quatre premiers chapitres, on retrouve la légèreté des Projectors, dans un attelage simplifié et plus direct, à l’image notamment de « Dance For You » avec un régale de petit solo.

Mais c’est à croire que leurs mauvais démons reprennent le dessus avec « Maybe That Was It », une incartade pesante et perturbée menée par une guitare hagarde. Une marche fébrile et lente, dans une atmosphère Sonic Youth, peut être plus claire. On pourrait penser à quelque chose d’un Jack White devenu cérébral et assagi. Un mur se dresse face à chacune des envolées possibles.

On reprend la litanie des mots dans un espace sonore confiné avec « See what she seing », où les voix s’extirpent, renaissent dans un vide apparent. Le talent permet bien des choses, comme celle d’imaginer ici une mélodie envoutante, qui coule naturellement, se fraye un chemin dans ce terrain sonore en jachère, instable. « The Socialites » lui succède, comme une soeur jumelle, plus tendre, menée au chant par Amber Coffman, lumineuse et accompagnée d’un picato de guitares enjouées.

Le temps d’un dernier détour avec « Irresponsable Tune » et l’on referme le Swing Lo Magellan, le coeur surpris et apaisé. Et se dire enfin qu’on tient là l’album de notre été.

Swing Lo MagellanDirty Projectors, sortie le 09/07/2012 chez Domino records.

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