Amon Tobin – Olympia (10/05/2012) | Isam, Créature bien-aimée.


Au bar de l’Olympia.

Un instant d’inattention et nous voilà précipités dans la salle obscure où bruissent toutes sortes de mécaniques visuelles, d’où les ondes électriques portées dans un courant alternatif annoncent l’arrivée prochaine de Isam, créature sonore sans pareille.

Au levée de rideaux, le brouhaha des spectateurs célébraient l’arrivée de son créateur Amon Tobin mais lorsqu’il s’estompe, on l’entend remuer fébrilement dans chaque recoin de la pièce, comme pour s’étirer, régler les dernières baguettes de ses articulations.

Sur scène, le décor géométrique blanc-cassé figure un casse-tête chinois désassemblé, le « Petit-village » de Schiele, dans une version postmoderne, recomposé par les lumières et les projections visuelles.

Compte-rendu d’une performance originale et fascinante :

Visiter le site Flickr de l'auteur de la photo

Journey Man résonne d’entrée.  C’est une musique éclatée, en rupture, comme des éclats de verre mis en lumière dans une scénographie de science-fiction. Wooden Toy et Kitty Cat, sous les pas de mains de leur créateur, prennent forme en « effilochades », ciselées dans les faisceaux, puis se répandent dans une traînée d’or et de myrrhe incandescente.

Isam renaît dans chacune de ces courtes scénettes visuelles, elle dessine sa part d’ombre, révèle ses formes mouvantes et sa personnalité fuyante : aussitôt apparue, elle disparaît, s’évapore, se recompose. A chaque instant, elle est canalisée, expulsée au travers de conducteurs qui nous renvoient l’image, le son, le goût d’un métal souple, parfois en fusion.

Visiter le site Monsterflesh

Isam présente une anatomie inédite : elle se compose de circuits électriques effrayés, sans forme de résistance. Elle agite ses bras métalliques dans un bruit furieux, qu’elle libère dans des mouvements brusques et ératiques. Substrat sur lequel s’exerce un jeu incroyable de sons et lumières, telle force qui empile, forge, abat, construit et renverse méthodiquement sa composition.

Une heure passée et Dropped From The Sky signe la fin d’un premier acte conduit avec précision, en atelier, in situ.

Les 30 dernières minutes du second acte s’avèrent beaucoup plus classiques, emmenées avec une énergie Electro incontournable, agrémentées de quelques clins d’œil sous forme de samples passés au vocoder (Santigold, Beastie Boys). Il offre une porte de sortie, redevenue sûre et stable, pour des spectateurs sonnés ou parfois ennuyés.

Car l’image accapare sans cesse le regard, saoule et abaisse la garde. Bien que sous l’emprise d’une fascination absolue (peut être aveugle) pour l’orfèvre Amon Tobin, je peux comprendre que sa musique, complexe et méticuleuse, ne suscite pas nécessairement l’enthousiasme chez certains, pis, alimente la distance naturelle qu’il impose à son public.

La musique peut être perçue comme reléguée au second plan, forme malléable, tantôt grandiose, tantôt effrayante pour accompagner une création visuelle inégalable (voir la vidéo de la V Squared Team qui a assuré la réalisation du projet, plus d’infos par là >>>).

Mais rien de tout cela. 1h40 d’une construction impeccable. Sans ennuis aucuns. Isam est un sortilège visuel, Amon Tobin un Chaman de l’époque industrielle.

Amon Tobin – ISAM (Ninja Tune) est en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Un commentaire

  1. Ping : Amon Tobin – ISAM | CanalCoffee.com : Actualités

Laisser un commentaire, un bon mot, une remarque...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :