Chelsea Wolfe – Point Ephémère (04/05/2012)


Exercice difficile que de reprendre la plume et vous immiscer dans ce concert, après plus de dix années passées sans écrire une ligne sur le Rock. Il est loin, désormais, "le temps des Fanzines" !

Pourtant je m’y risque, en réponse à l’invitation du Bazar, mais aussi parce que je ressens l’envie de partager, au moins par écrit, ce que j’ai ressenti hier soir. D’autant plus difficile lorsqu’il s’agit d’évoquer la musique d’un groupe encore peu connu en France.

Et je ne tenterai pas de faire semblant, puisque je n’ai encore rien lu à son sujet. Au hasard, une headline sur son site internet, qui le décrit comme un groupe vaguement gothique. Or, c’est faux. Tout au plus pourrions-nous l’apparenter à PJ Harvey pour la voix, Morphine (« The Night »), Sonic Youth ou Heliogabale pour la musique, mais la filiation s’arrête là. Les musiciens n’aiment pas forcément les comparaisons avec leurs aînés et le défi intellectuel qui m’attend ici m’interdit d’en faire trop.

Chelsea Wolfe, donc, est une jeune femme belle comme un coeur. Un coeur qui ne serait pas rose bonbon comme une bimbo ennuyeuse, mais plutôt rouge sombre, comme le sang qui transite à travers ses ventricules. Comme celui que l’on voit couler sur le visage des chamanes après avoir saigné le poulet, dans une transe énergique et rageuse. Car si son groupe ne joue pas du gothique, il est néanmoins complice de la posture animiste ou vaudou de la chanteuse qui s’emploie, sur scène, à manipuler des gris-gris pour mieux nous fasciner et à jouer avec les pans d’une robe étrange, façon « Baron samedi » en Haïti (blanc devant, noir derrière).

La pochette du dernier album Apokalypsis,  la montrait déjà le visage mutin, ornée d’un diadème et les yeux blancs, vides, comme énuclées. On la sent donc investie d’une mission particulière, on se laisse emporter par son charisme, on la sait déjà au dessus de la mêlée, ailleurs, loin.

Enveloppée dans cette mise en scène, Chelsea Wolfe s’invente un rôle de prêtresse urbaine qui rompt avec la monotonie de la plupart des concerts de rock indé. Mais ne soyons pas trop médisants avec les musiciens de sa génération, parce qu’il faut pouvoir assumer ce genre de fantaisies. Quoi que, se demande-ton, est-ce vraiment de la fantaisie? Le rock est un spectacle, mais Chelsea Wolfe semble croire fermement au pouvoir de son chamanisme.

Avec le premier morceau, « Mer », leur musique se marie parfaitement à la magie de sa voix et à la rudesse très urbaine de la guitare électrique, aux cordes métal particulièrement tendues. Puis des lignes de basse ou de graves nous font onduler sur place et nous propulsent vers un ailleurs. Le public est captif et profite de la singularité de l’instant pour se remettre du rock sans concession des Canadiens Odonis Odonis, qui assuraient la première partie. Ensuite, le groupe jouera « Friedrichshain », du nom du quartier berlinois, avec la même sensualité lancinante que Crime & the City Solution lorsqu’il interprétait « Six Bells Chime » dans « Les ailes du désir » de Wim Wenders.

A plusieurs reprises, après ses morceaux, Chelsea Wolfe se réfugie vers le fond de la scène, dans la fumée artificielle, pour parler sans doute à un musicien, un gourou, ou pour se concentrer avant de revenir à nouveau saisir les deux micros qui lui servent à chanter, gémir, pleurer ou enregistrer des boucles hypnotiques dignes des plus sombres sirènes. Souvent, elle cache aussi son visage entre ses mains, nous invitant, comme sur « The Wasteland », « Pale on Pale » et « Movie Screen », à ne plus la regarder, mais à fermer les yeux et nous laisser partir vers de nouveaux éthers. Car pour elle ça sert bien à cela, de communiquer avec l’au-delà : s’élever et voyager à travers nos imaginaires, rêver. S’oublier.

Finalement, cette mise en scène est bien un succès car, aussi caricatural que puisse paraître, dans nos univers urbains un brin cyniques, de vouloir jouer avec le chamanisme que Jim Morrisson avait poussé au ridicule, Chelsea Wolfe réussit, elle, à nous faire planer et à nous faire oublier les petites crasses de notre quotidien. Elle parvient littéralement, le temps d’un concert, à nous cultiver par la poésie et la mélancolie de sa voie, tout en nous faisant passer d’un autre côté, par la rudesse des cordes de ses guitares et le rythme hypnotique de sa batterie. S’il ne fallait retenir qu’un morceau pour illustrer cet exorcisme sensuel, je parierais tout sur… « Demons ». La encore, un titre évocateur.

FG.

Son dernier album "Apokalypsis" est sorti en 2011 chez Pendu Sounds recordings, en écoute sur le lecteur Spotify ou Deezer.

About these ads

Un commentaire

  1. Ping : CHELSEA WOLFE: Press/Interviews « Pendu Sound Recordings

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 1  177 followers

%d bloggers like this: