Mulatu Astatke & The Cinematic Orchestra – Jazz à la Villette (01/09/2011)


Crédits Photo :mm:music

Des rangées de gradins inconfortables, d’où bruissent toutes sortes de bruits métalliques. La mécanique des pas, ceux des spectateurs qui s’immiscent, des techniciens qui s’affairent ou l’onde soudaine qui part se réfugier au pied de l’édifice. Il y a des formes adoucies, célestes, au-dessus de nos têtes, sous la voûte de la grande halle Charlie Parker de la Villette.

Mulatu Astatké vient de quitter la scène. Accompagné de son band européen, The Heliocentrics, le vieux sage vient de livrer un set maléfique. Thèmes au saxophone comme des ritournelles chamaniques, haletantes. Musique intemporelle offerte à son gourou inusable, tout à fait discret, qui s’efface et laisse exploser sur scène un violoncelle électrisé devenu fou, la section de cuivre, souveraine en la demeure et un piano calypso chauffé sous le soleil éthiopien.

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Le dernier coup de grosse caisse résonne encore et l’onde parcourt les rangs en pagailles de la structure.

A cette musique charnelle, instinctive, succède la délicatesse infinie de Cinematic Orchestra. Autour de Jason Swinscow, on retrouve, ce soir là, ses habituels acolytes (Luke Flowers Richard Spaven à la batterie, Phil France à la basse notamment), mais surtout deux invités de marque : Austin Peralta (pianiste virtuose, auteur du très bon Endless Planets sorti en 2011 chez Brainfeeder) et la chanteuse Heidi Vogel qui reprend les parties vocales assurées par Fontela Bass sur les albums.

Les premières notes de Burn Out retentissent. Amorces de tourniquets électroniques. A mes oreilles, ça a le goût de l’eau, la forme d’une calebasse ou d’un bois tendre sculpté par le temps : j’y puisse cette énergie, emmagasinée dans la répétition de thèmes obsédants.

La basse ponctue, balise l’espace et les paysages. La guitare s’échappe sans cesse dans les aiguës, par nuées comme enveloppée dans cette texture sonore, reconnaissable entre toutes depuis leur dernière production « Ma Fleur » (2007) : de l’album, le collectif joue Familiar Ground, Breathe et l’infernale As the Stars Fall. La voix puissante et joueuse d’Heidi Vogel donne corps à ces morceaux parfois jugés trop propres. Chaque note est pesée, d’une précision vagabonde : on se laisse emporter par un thème souterrain, imperturbable à l’explosion des sens et de la voix.  Sans tiraillements.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=S9V0lss0uU4&list=PL4h2XGENb6qgodCq7ABWDQ2aGsix-Xdy5&w=640&h=360]

Le set s’accélère dans un mouvement brut et soudain : Flite s’envole et rattrape les derniers soubresauts de As the Star FallThe Man With a Movie Camera trimbale cette énergie libératrice, celle d’un sax soprane embarqué dans une course folle avec la rythmique cadencée d’un train de marchandises en 5/4. Un jazz affamé, spirituel, qui découche et se drogue, lorgne vers d’autres contrées que celles promises de la cage d’ascenseur.

Un grand bravo aux équipes techniques pour la qualité exceptionnelle du son.

Leur discographie est en écoute sur Spotify/Deezer/Rdio

Crédits Photo :mm:music:photoreports

8 Commentaires

    • morvan

      Mulatu Astatke’s has nothing in common with the steps ahead band (do you talk about Mike Maineri’s band? I dont understand). It was a great concert.

  1. Ping : Akalé Wubé – Studio de l’Ermitage (18/01/2013) « BazarMusiKal

  2. Ping : Arbouretum – Coming Out Of The Fog « BazarMusiKal

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