Anouar Brahem Trio – Festival Jazz In Ramadan, Istanbul (16/08/2011)


Il marche au pas, déambule avec cette majesté délicate, à peine feinte. Roi en son royaume, lorsque Anouar Brahem et les deux autres membres du Trio rejoignent la scène. Clin d’oeil ou non, par quelconque hasard, il vient saluer son maître, lui qui a croqué sa marche lente dans « Le Pas du Chat Noir » en 2002*. Des milliers d’autres habitent la ville, s’y glissent, s’y enlacent, se chamaillent et s’endorment. Ville aux chats et des mosquées, Istanbul accueille le joueur de Oud tunisien dans le vieux Sultanahmet à l’occasion du festival JazzInRamadan 2011.

Devant le palais de Topkapi, passé de mains en mains, se massent des badauds en costume, femmes « pachminies » et châles discrets, comme une certaine idée de la bonne société stambouliote. Au bar on ne sert pas de bières. On nous propose du coca, un jus de grenade pour apaiser un peu nos corps assommés par la chaleur qui s’est abattue sur la ville aujourd’hui.

Pacha dégrisé par le XXe siècle dans cette cité moderne, je m’affale dans les coussins arrachés aux organisateurs. Imperméables à nos protestations (près de 30€ la place et la promesse de places assises), ceux-là nous indiquaient invariablement les allées et les parterres de fleurs sur les côtés de la scène : « Sit here, one ticket, one bollech for each ».

Le chat s’esquive dans un bosquet alentour et s’élèvent les premières notes du Oud – doublées au piano, légères et conquérantes, basses et entières. Si cette musique parvient difficilement à se nicher dans tous les recoins du palais, régler son environnement en quelque sorte, elle fait corps, s’amuse et virevolte, intruse sitôt admise en ces lieux. Le calme tunisois impose son instrument par la vigueur de son jeu, son chant, au timbre rauque et écorné et le méli-mélo noué avec un accordéon cinématique.

Captation d’un live du Anouar Brahem Trio – Séquences Jazz Mix/ Mezzo

Bientôt une seconde voix, claire et étirée, monte dans le ciel et vient brusquement rompre le fragile équilibre des notes et du silence : dernier acte de la journée, le Muezzin entonne l’appel à la prière du soir. Les 3 musiciens, par respect, et probablement parce qu’ils souffriraient de voir leur musique s’enticher d’une nouvelle muse, s’interrompent. 10 minutes de battement.

Maintenant que la nuit leur appartient, les 3 comparses reprennent dans un air assaini. Souffler des notes à la nuit tombée, dans le dos de Dieu. Progressivement Anouar Brahem se fait plus joueur, moins ténébreux, comme sorti de son cocon. Attaques aléatoires sur le Oud, jeu plus tendu, à l’image des thèmes BlueJazz, tels des artisans dégagés de la structure exquise, mais prévisible de certaines de leurs compositions.

*Ecouter Le Pas du Chat Noir sur le player Spotify ci-dessous :

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